Maurice Allais et la crise
J’ai eu comme professeur d’économie à l’École des Mines, Maurice Allais, prix Nobel d’économie.
Il se proclamait curieusement "libéral socialiste". C’était un pédagogue extraordinaire. Bien avant beaucoup d’autres, il avait, en termes simples, répété dans de nombreux article une critique argumentée du libre-échangisme naïf. Dans Le Monde, Pierre-Antoine Delhommais rappelle ce qu’il avait publié dans Le Figaro, en octobre 1998, en pleine crise asiatique :
"De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d’un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable (…).
Ce qui est éminemment dangereux, c’est l’amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l’instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu’il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.
(…) Depuis 1974, une spéculation massive s’est développée à l’échelle mondiale. A New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les "stock-index futures", les "stock-index options", les "options on stock-index futures", puis les "hedge funds" et tous "les produits dérivés" présentés comme des panacées (…).
Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris. Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur (…).
L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général."
Il faut parfois écouter le prix Nobel ! (Amyarta Sen et Stiglitz aussi !).








29 janvier 2009 à 1:11
Billet tout à fait pertinent pour nous montrer que c’est cette oligarchie financière qui est à l’origine du déséquilibre mondial et des injustices sociales.
En dénonçant les banques, Ségolène participe de la dénonciation de ce que l’on appelle le complot mondial. N’ayons pas peur des mots:
http://www.lepost.fr/article/2009/01/28/1403958_segolene-royal-denonce-aussi-le-complot-mondial_1_0_1.html
Amitié ségosocialiste.
29 janvier 2009 à 13:08
C’est bien de dénoncer, encore faut-il proposer…
30 janvier 2009 à 2:29
On a fait beaucoup de propositions depuis la présidentielle.