Plan de de relance et nouveau modèle de développement
Il fallait un contre-plan de relance du Parti Socialiste. Alors que nous subissons une crise sans précédent, il aurait été anormal que la première force d’opposition de notre pays ne propose rien. Ce contre-plan est équilibré, avec une place essentielle accordée à la consommation et au pouvoir d’achat. Cependant, il arrive tard et doit être complété par un travail plus innovant sur la politique économique incluant un nouveau modèle de développement.
Dès l’automne 2008, notre motion "L’Espoir à Gauche, Fier(e)s d’être Socialistes" proposait de nombreuses pistes. Nous y dénoncions le culte de l’argent roi qui malmène nos principes démocratiques, dessine un nouvel ordre mondial, synonyme de naufrages sociaux, humains, écologiques. Notre système est donc à revoir profondément, tant dans notre rapport à la consommation que dans notre rapport à la croissance. Aujourd’hui, celle-ci ne prend pas en compte les dégâts du capitalisme sur l’environnement et sur le patrimoine écologique que nous transmettrons à nos enfants. Plus nous consommons d’énergie fossile et plus le PIB augmente. Il est donc indispensable de calculer autrement la richesse pour mieux évaluer les dommages ou les bénéfices de la production et pour agir correctement.
Bien sûr, les règles de la finance au niveau international doivent changer. Le contre-plan en parle et reprend de nombreuses propositions déjà exposées à travers les motions du congrès de Reims, dont la notre : entrée de l’État dans les banques re-capitalisées, réglementation des fonds spéculatifs, contrôle démocratique des institutions financières, fin des abus bancaires, lutte contre les paradis fiscaux, etc.
Et s’il nous faut proposer des actions immédiates pour lutter contre la vie chère (comme certaines, très concrètes, exposées dans le contre-plan du PS), cela ne peut suffire et doit s’accompagner de mesures à long terme ambitieuses.
En premier lieu, nous devons nous engager dans l’après pétrole et allier dans le futur, sobriété, efficacité et substitution énergétique. L’écologie n’est pas une contrainte négative. L’enjeu écologique devient aussi aujourd’hui un enjeu économique majeur, il représente un levier de développement que nous devons saisir. Anticiper la production d’énergies nouvelles, faire muter l’industrie vers les cleantechs, investir en R&D, sont autant d’opportunités d’innovations et d’emplois. Le politique ne doit pas être à la traîne, mais impulser et accompagner ce mouvement.
Par ailleurs, nous devons réconcilier l’économie de marché avec les principes de solidarité et les règles de la démocratie. Il en est ainsi, par exemple, de l’économie sociale et solidaire que nous devons favoriser, en particulier les reprises d’entreprises en Sociétés coopératives de production (SCOP).
La France doit aussi passer d’une économie d’imitation qui perd des emplois à une économie d’innovation qui crée de la richesse. Cela suppose un investissement massif dans l’enseignement supérieur et la recherche alors qu’est consacré aujourd’hui un montant inférieur de 25% à la moyenne des pays de l’OCDE. La mise en place d’un dialogue social efficace, capable de prévenir ou de résoudre les conflits au travail, est essentiel pour garantir un cadre de travail de qualité et une meilleur performance de nos entreprises. Cela suppose notamment de réformer la composition des conseils d’administration des entreprises avec une représentation des salariés à hauteur de 30%.
Cela peut paraît plus secondaire, mais il est fondamental de développer de nouveaux modèles de développement de nos territoires. Nous devons densifier les villes en luttant contre l’étalement urbain pour rationaliser nos déplacements et permettre aux populations d’avoir accès à leurs emplois, aux services essentiels sans devoir systématiquement utiliser de véhicules motorisés.
L’Europe est un enjeu majeur. C’est le cadre qui permet la régulation de l’économie mondiale. L’Union européenne doit prouver à tous qu’elle peut changer positivement la vie de ses citoyens. En ces périodes difficiles, nous devons créer les infrastructures transeuropéennes dont nous avons tant besoin, en matière de numérique, d’énergie ou de recherche, en profitant du niveau élevé de l’euro pour constituer un fonds d’investissement européen. La création d’un nouveau pacte européen initié par un premier groupe de pays volontaires relancerait une politique industrielle offensive soutenue par une politique monétaire favorable ; un plan d’investissement et de croissance européen fondé sur l’emprunt ; une politique énergétique capable d’assurer la sécurité, l’indépendance et la diversité énergétique de l’Union ; un vrai pas en direction d’un gouvernement économique européen. C’est cela la nouvelle frontière de l’Union européenne : une coopération renforcée fondée non sur quelques actions ponctuelles ou une coalition aléatoire, mais sur un authentique projet politique capable de proposer un ordre économique mondial alternatif.
Dans cette ordre aujourd’hui largement sauvage, nous ne devons pas sous-estimer les effets néfastes du protectionnisme monétaire. Dangers bien plus réels que ceux découlant de mesures de protections "douanières" qui pourraient protéger du dumping social en étant pragmatiques, modérés, adaptés et ciblés à certains produits venant d’États ne respectant pas des règles sociales et environnementales basiques. Les dévaluations monétaires constituent en revanche les principales distorsions. L’effet des fluctuations des grandes monnaies est considérable et peut très clairement amoindrir l’effet des plans de relance, surtout lorsqu’il s’agit d’aides directes à des intérêts particuliers (comme c’est le cas pour la France) et non d’une action globale sur la demande. Aujourd’hui, l’OMC n’a pas les moyens de sanctionner les manipulations de change. Si l’OMC interdit et punit le protectionnisme douanier, elle ne peut rien faire contre le protectionnisme monétaire. Et depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, le FMI n’a plus son mot à dire sur le régime et les manipulations de change de certains pays. L’Union européenne, avec les États-Unis et le Japon, doit donc se saisir rapidement de cette problématique.
Un dernier point ne doit pas être occulté : les budgets sociaux en ces temps de crise. Récemment, la directrice de l’OMS -Margaret Chan- craignait l’aggravation du phénomène de paupérisation dû à la baisses des dépenses liées aux soins de santé. Le Dr Chan exhortait ainsi les États à "mettre en place d’urgence de meilleurs systèmes de sécurité sociale pour protéger les plus vulnérables, dans les pays riches comme dans les pays pauvres". La crise ne doit pas servir de prétexte à la mise en œuvre de mesures d’austérité au détriment des dépenses sociales et de nos services publics, qui sont un élément de stabilisation.









1 février 2009 à 14:34
Assez d’accord avec tout ça !
1 février 2009 à 15:43
Je partage cette vison des actions à mener dans le futur.
Et en plus nous avons la méthode pour cela:
http://www.lepost.fr/article/2009/02/01/1408366_segolene-royal-la-presidente-participative.html
Car pour transformer un pays en profondeur il faut s’appuyer sur l’intelligence collective.