Revue de deux mondes

Je n’avais pas eu le temps de vous raconter une journée instructive que j’ai vécue juste avant Noël.
 
Le 16 décembre, après une matinée de travail à l’Assemblée, nous sommes quelques députés socialistes invités par Louis Gallois pour parler d’EADS, du transport aérien, et d’Airbus.
Louis Gallois est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect. On dit qu’il a diminué sa rémunération en arrivant à Airbus/EADS pour la ramener à ce qu’il percevait comme patron de la SNCF. Il vient des équipes de Jean-Pierre Chevénement et il a gardé de son passé un sens de l’intèrêt général et une certaine capacité à résister à la pensée unique. Bien sûr, il recevait parallélement, c’est le travail classique de lobbying, des députés UMP et sans doute d’autres partis.
 
J’ai appris beaucoup de choses sur les rapports de force au sein du pouvoir économico-politique, entre Dassault, Thalès et EADS. J’ai eu le sentiment d’une réelle recherche pour économiser les consommations de carburant. Il suffirait, entre autres, de voler un peu moins vite, par exemple à Mach 0,70 au lieu de 0,85.
 
Nous avons aussi parlé de l’opposition, que j’avais déjà perçue, entre syndicats français et allemands, qui ne sont pas d’accord sur le partage du travail industriel entre les deux pays. Tout ceci se passait au cercle Interallié, où l’on m’a fait remarquer que le col roulé n’était pas autorisé et qu’il fallait porter la cravate. Heureusement,j’en avais une sous mon col roulé !
 
Dès le début de l’après-midi,changement de décor ; je vais en moto à Cergy-Pontoise, quartier Saint-Christophe. Ce quartier est considéré comme "chaud". Je m’ y rends à l’invitation de mes amis de Cités d’avenir, Kamel et Bilal.
 
Il fait un froid glacial. J’aurais sûrement eu une autre perception de Saint-Christophe si j’avais été seul. Je découvre, dans une population pauvre et bigarrée, une vraie convivialité. Du désespoir, mais aussi un peu d’espoir, à travers les exemples de créateurs d’entreprises. Une boîte de sécurité, montée par un ancien délinquant (!). Un mini-macdo, une petie bijouterie, une boucherie, un atelier de couture, une socièté de conseil en informatique, une agence d’interim spécialisée, et avec succès, dans le placement de personnes discriminées : français d’origine maghrébine ou africaine, handicapés, femmes., etc.
 
Ces gens travaillent dur, sont heureux et fiers, se connaissent à travers leurs différences, et se respectent. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser : la difficulté de vivre reste immense, le chômage et la précarité sont très élevés, la délinquance est une réalité. Mais dans ce monde si loin du cercle Interallié et de la rue du Faubourg Saint Honoré, j’ai découvert un petit soleil d’espoir en ce mois de décembre.
 
Ah, j’allais oublier : pour toutes celles et tous ceux que j’ai rencontrés, Ségolène Royal est une véritable icône.

7 commentaires pour “Revue de deux mondes”

  1. asse42 dit :

    Merci camarade jean-louis pour ce témoignage revigorant en ce frisquet moi de Janvier! ^^

    Merci aussi pour ce témoignage de fraternité qui fait tant plaisir et fait dire que l’espoir demeure d’un monde meilleur. Cet espoir nous le portons autour de Ségolène Royal. 2010 doit être le début de sa montée en puissance pour 2012:
    http://bit.ly/5nsw2f

    J’espère que tu seras toujours aussi actif et déterminé à lui apporter ton soutien. Elle en aura besoin ;-)

  2. Gérard Eloi dit :

     » Deux mondes ».

    Combien c’est vrai. Et de combien de façons pourrait-on les définir l’un et l’autre…

    Ces personnes qui travaillent et proposent ici alimentation, atelier, services,…,représentent la proximité.

    Ceux qui volent, et qui pourraient envisager de voler moins vite,…sont les piliers d’une mondialisation malsaine, qui a montré sa perversité. Ils pourraient voler moins vite…Et s’ils volaient plutôt le moins possible ?
    Question que je pose en rappelant que « voler » a deux significations : dans les airs, ou dans les poches. Dans le cas de ceux que tu nous présentes dans ce monde « en cravate », il y a carrément cumul, Jean-Louis !

    Proximité ou déplacements aériens intempestifs-problèmes de pollution…

    De Bolkestein (qui est membre du groupe Bilderberg) et son résumé en « plombier polonais » jusqu’aux crevettes pêchées en Manche, expédiées en Chine pour y être décortiquées, puis de retour à Mach…0, 80 (?) dans les étals de nos supermarchés, il y a une ligne d’inconduite : la volonté de niveler par le bas. Autrement dit : pourquoi laisser gagner plus en France qu’en Pologne…ou en Chine ?

    Evidemment, il ne faut pas que l’on gagne plus ici qu’en Afrique (comme cela s’est produit, hélas) parce qu’on pille l’Afrique. Il faut au contraire arriver, progressivement bien sûr, à un nivellement par le haut ! Ce qui est évidemment le contraire du credo ultralibéral dont nous n’avons pas fini d’encaisser les conséquences ( Bolkestein = suppression de la plupart des services publics,…).

    La grande question : la Terre produit-elle assez pour que 6,5 milliards d’individus y puisent de quoi vivre décemment ?
    J’espère que l’on peut encore répondre « oui ». Car la densité de population moyenne sur Terre est d’une 50aine de personnes par km carré. Pour un peu plus de 100 en Chine, plus de 300 en Inde, au Japon et dans quelques pays d’Europe…

    Mais 16 OOO à Monaco !
    Comment fait-on pousser sur un rocher de 2 km carrés assez de légumes pour plus de 30 000 personnes ?
    Et si c’était cela une des facettes de l’éterrnel marché de dupes ?

    Sans oublier la nouvelle tour de Babel à Dubaï : on va y empiler les gens verticalement…
    Mais la faillite de Dubaï fait déjà peur à ces pauvres banquiers que les contribuables viennent de renflouer.

    Le désordre mondial fait que les très riches (qui ne sont pourtant qu’une poignée) doivent rester très riches. On nous dit parfois : s’il n’y avait plus de « riches », il n’y aurait plus de travail pour les « pauvres ».

    Voilà la tendance à renverser.

    C’est à notre portée : il paraît que Sarkozy aurait abattu le mur de Berlin quasi tout seul !

    ( Plus modestement, dans son pacte présidentiel 2007, Ségolène prévoyait « simplement » co-développement, reprise politique du contrôle de la BCE,…C’était hélas moins voyant. Surtout via TF 1, P-Match et consorts).

  3. hihihi dit :

    « pour toutes celles et tous ceux que j’ai rencontrés, Ségolène Royal est une véritable icône. »

    … C’est dire s’ils ont touché le fond, ces pauvres gens!
    Je compatis.

  4. Pierre G dit :

    Bonjour,

    Visiteur régulier de ce blog, je tiens d’abord à dire merci à JL Bianco pour la pertinence et l’intérêt que je trouve à ses posts . Je réagis ici sur la petite phrase finale à propos de Ségolène Royal :

    Le terme que JL Bianco utilise est « icône » ; rappelons qu’une icône est une image représentant une figure religieuse ; le mot choisi est donc juste . Mais justement, il y a là un piège évident . Cela me rappelle un peu le comédien François Cluzet qui disait récemment à la télé avec humour que ce qui le gênait chez S . Royal c’est qu’il avait toujours l’impression qu’elle voulait le faire rentrer dans sa troupe de scouts; il a été dit aussi que certains meetings avaient des allures de messe sectaire . Bon, c’était sûrement excessif, mais enfin, il faut comprendre que cela va constituer un risque pour la candidature de S Royal, que je pourrais qualifier comme une forme de populisme de gauche où le filon émotionnel peut être surexploité. .
    Si cela devait être le cas, pour ma part, en tant que sympathisant PS, mon suffrage aux primaires ne pourrait alors se porter sur elle, ce serait rédhibitoire! Il y a bien d’autres conditions nécessaires pour que je vote pour elle mais l’iconomania serait un critère suffisant pour que je ne la choisisse pas . Voilà, c’est dit.

  5. FrédéricLN dit :

    Témoignage très intéressant, merci !

    (et effectivement, sur la dernière ligne, ça m’intéresserait de savoir ce que vous voulez dire, ou ce que veulent dire ces personnes, en utilisant le mot « icône » ?).

  6. Jean-Louis Bianco dit :

    @ FrédéricLN : « Icône » : c’est moi qui emploie cette expression, discutable, pour décrire une admiration qui semble indestructible. Merci, amicalement

  7. FrédéricLN dit :

    Merci, et après tout c'est bien ce que le terme suggérait, dans le contexte. En ce sens je partage l'appréciation des personnes que vous avez rencontrées à Cergy (mes voisins valdoisiens après tout) : c'est quelque chose d'admirable, un "tempérament" maintenu apparemment impact dans le laminoir politique. Il en reste quelques autres, même si hélas nous venons d'en perdre un en la personne de M. Séguin.

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