Jorge Semprun, écrivain français et espagnol, résistant, fut déporté à Buchenwald en 1943. Il a aujourd »hui 87 ans, et continue à écrire.
Il rappelle que Buchenwald a été rouvert dès septembre 1945 sous l’appellation Speziallager n° 2, camp spécial numéro deux de la police soviétique dans la zone d’occupation russe.
Je veux citer ici quelques unes de ses phrases. La première quand il évoque ce qu’il pense être sa dernière venue à Buchenwald :
« Pour la dernière fois, donc, le 11 avril, ni résigné à mourir ni angoissé par la mort, mais furieux, extraordinairement agacé à l’idée de n’être bientôt plus là, dans la beauté du monde, ou bien, tout au contraire, dans sa fadeur grisâtre – ça revient au même, dans ce cas précis -, pour la dernière fois je dirai ce que je pense avoir à dire. »
Et puis il parle de la mémoire :
« Quand tous les témoins, déportés résistants, auront disparu, bientôt, dans quelques années, il restera encore une mémoire vivante, personnelle, de l’expérience concentrationnaire, une mémoire qui nous survivra et c’est la mémoire juive.
Le dernier homme à se souvenir, bien après notre mort, sera de ces enfants juifs que nous avons vus arriver à Buchenwald, en février 1945, évacués d’Auschwitz, ayant miraculeusement survécu au froid, à la faim, à l’interminable voyage en wagons de marchandises, souvent découverts, pour témoigner au nom de tous les disparus, les naufragés et les rescapés, les juifs et les goys (les non-juifs), les femmes et les hommes. Longue vie à la mémoire juive de toute notre mort. »
Cet article a été publié
le Vendredi 12 mars 2010 à 6:58 et est classé dans Il n'y a pas que la politique!.
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