Mettons un terme à l’instrumentalisation de la laïcité

21 novembre 2014

Retrouvez ci-dessous la tribune que j’ai cosignée avec Nicolas Cadène, publiée sur l’Obs :

 

Le 21 octobre dernier, la ministre de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mme Najat Vallaud-Belkacem, a été auditionnée par l’Observatoire de la laïcité.

Cette instance a été installée le 8 avril 2013 par le président de la République. Elle est composée de personnalités diverses, d’élus de droite comme de gauche, et est indépendante dans la conduite de ses travaux.

Établissant un état des lieux du respect de la laïcité dans son secteur – qui, basé sur des faits objectifs et des remontées de terrain, apparaît éloigné de la situation « dramatisante » décrite par certains –, la ministre de l’Éducation a rappelé la règle concernant les parents accompagnateurs des sorties scolaires.

La participation des parents d’élèves est la règle

Celle-ci est claire et ne modifie en rien la ligne déjà définie par le Conseil d’État et le droit actuel : l’acceptation de la participation des parents d’élèves est la règle ; le refus de la participation des parents accompagnateurs portant un signe religieux est l’exception.

Cette règle repose sur l’analyse du comportement des parents d’élèves accompagnateurs, et non sur leur seule apparence. Si le comportement est prosélyte (par exemple, lors d’une visite dans un musée, en commentant un tableau de façon orientée), alors il sera fermement sanctionné. S’il n’y a aucun prosélytisme et si la sortie scolaire n’est pas perturbée, alors il n’y aura pas lieu de sanctionner.

Vouloir imposer une totale neutralité « d’apparence » va bien au-delà de la neutralité dans l’expression orale ou dans le comportement – exigée légitimement – vis-à-vis d’élèves. Jusqu’où faudrait-il aller ? Des vérifications sur la taille des habits ? Trop couvert… ou insuffisamment ? Où est ce qu’on commence et où est ce qu’on arrête ?

Les enfants sont entourés en permanence d’incitations diverses, à la surconsommation ou à une réussite matérielle flamboyante. La publicité ne se prive pas pour encourager les jeunes filles à ressembler à des femmes qui, à force de retouches, n’existent plus. Le champ des influences sociales est immense et il n’est pas exclusivement religieux.

Tout cela nous invite à nous interroger sur le sens profond de nos obsessions vis-à-vis de la neutralité : ne s’agirait-il pas plutôt d’un désir de « normalisation » sociale, très éloigné d’un idéal de laïcité ?

La laïcité, un principe qui permet le vivre ensemble

L’Observatoire de la laïcité le constate tous les jours : la méconnaissance entourant le principe de laïcité est considérable.

Dans notre société à vif, certains semblent penser que la laïcité a le devoir de résoudre tous les maux, y compris ceux qui supposent des politiques publiques ambitieuses en matière d’intégration, de mixité sociale, urbaine, scolaire et d’accès à la culture, seules véritablement efficaces contre les dérives communautaristes.

Non, la laïcité, ce n’est pas la neutralité de tous les citoyens, c’est au contraire la garantie donnée à chacun de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public. C’est de l’histoire de France que découle la laïcité. Une histoire traversée par des guerres de religions et des persécutions contre les protestants et les juifs qui nous rappelle combien la liberté de conscience garantie par la laïcité est un formidable acquis de la République.

La laïcité ne suppose la neutralité que des représentants de l’administration (fonctionnaires ou assimilés) pour garantir leur impartialité, en particulier dans le service rendu aux usagers des services publics, quelles que soient les convictions politiques, philosophiques ou religieuses de ces usagers.

La laïcité, ce n’est pas une conviction ou une opinion mais le cadre qui les autorise toutes. C’est un principe qui permet le vivre ensemble : que l’on soit croyant ou non, on est laïque en ce sens où on accepte que chacun croit ou ne croit pas, l’exprime ou ne l’exprime pas.

La loi du 9 décembre 1905 a déjà tranché

Cessons les pressions encourageant les « lois d’émotion » (dont la France a toujours été malheureusement experte) et rappelons que la loi du 9 décembre 1905, dont découle pour l’essentiel notre laïcité, a déjà tranché ce débat entre les partisans d’une laïcité qui combattrait les religions et interdirait le port de tout signe religieux, et ceux de la laïcité telle que défendue par Aristide Briand, qui sépare l’État des organisations religieuses tout en garantissant le vivre ensemble quelques soient les opinions ou croyances de chacun.

Maurice Allard, Charles Chabert ou Émile Combes – par ailleurs principal opposant de l’époque au droit de vote des femmes –, défenseurs de cette « laïcité de combat », avaient ainsi exigé l’interdiction du port des vêtements religieux dans la rue (à l’époque : soutane des clercs, foulard des nonnes, etc.).

Aristide Briand, « père » de la laïcité française, y avait répondu très fermement, en estimant qu’il s’agirait d’une inacceptable atteinte à la liberté de conscience et qu’une telle disposition exposerait au « ridicule » en voulant par « une loi de liberté » imposer une « obligation de modifier la coupe des vêtements ».

 

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

Laïcité : pourquoi Najat Vallaud-Belkacem a raison

21 novembre 2014

Retrouvez ci-dessous la tribune que j’ai cosignée avec Nicolas Cadène, publiée sur Marianne :

Par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène *

Demonstration For The Right Of Veiled Parents - ParisEn conclusion de sa tribune à laquelle nous réagissons aujourd’hui, Alban Ketelbuters, doctorant à l’université de Montréal, cite une essayiste célèbre pour évoquer une « laïcité défensive ».

Nous lui rétorquons que la laïcité n’a pas à être adjectivée. Elle n’a pas à être « défensive » pas plus qu’elle ne doit être de « combat », comme l’a très justement rappelé Najat Vallaud-Belkacem lors de son audition devant l’Observatoire de la laïcité.

La laïcité n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect des principes de liberté de conscience et d’égalité des droits. C’est pourquoi, elle n’est ni pro, ni antireligieuse. L’adhésion à une foi ou à une conviction philosophique relève ainsi de la seule liberté de conscience de chaque femme et de chaque homme.

Une des missions de l’Observatoire de la laïcité consiste bien à défendre la laïcité. Tout court. C’est-à-dire, la liberté de croire ou de ne pas croire, et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public et de la liberté d’autrui. Également, la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. Cette séparation « des Eglises et de l’Etat » implique que l’Etat ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie, aucun culte et, par suite, ne se mêle pas du fonctionnement des Eglises. De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités et des services publics, mais pas celle des citoyens. La France, République laïque, « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Le service public ne peut donc montrer une préférence, ou faire preuve d’une attitude discriminatoire, selon l’appartenance ou la non-appartenance religieuse, réelle ou présumée, de ses usagers.

Cette définition de la laïcité découle de la loi du 9 décembre 1905, dont nous souhaitons d’ailleurs voir commémorer chaque année l’anniversaire, à travers des animations interactives. Elle est un principe majeur du vivre ensemble et suppose le refus de son instrumentalisation à des fins stigmatisantes.

Monsieur Ketelbuters, votre obsession sur le foulard et le monde arabe est contestable. On peut être troublé par certains vêtements, certains peuvent mêmes les considérer, comme vous, comme un « étendard de la domination masculine ». Mais il s’agit d’une opinion parmi d’autres. Les femmes concernées pourront vous dire l’inverse, vous expliquer chacune ce qui motive le port du voile. Quelle serait votre position sur un papa portant une kippa pour accompagner sa fille ou un sikh portant un turban pour accompagner ses jumeaux au musée ? N’y aurait-il pas une pointe de sexisme paternaliste dans votre manière de prendre la défense des femmes ? Chacun de ses individus a une raison de le faire, ce n’est justement pas à l’Etat laïque de juger de la pertinence de cette raison.

En effet, le respect de la laïcité ne suppose pas de se concentrer sur la seule apparence. D’une part, cela serait une porte ouverte aux discriminations, d’autre part, nous ne saurions où placer le curseur. Jusqu’à quel point une femme (puisqu’il s’agit des femmes dans votre texte) peut être vêtue ou dévêtue ? Aristide Briand, « père » de la laïcité française, le disait déjà en 1905 : il serait « ridicule, que de vouloir par une loi (…) de liberté, imposer (…) l’obligation de modifier la coupe des vêtements ».

Monsieur Ketelbuters, vous parlez d’une norme sociale que vous voudriez voir mise en place, pas de la laïcité. Rêvez-vous d’un monde où tout le monde s’habillerait selon la modernité validée par on ne sait qui, avec des jupes dont la longueur convient à la femme libérée et des coiffes proclamant l’insoumission ?

Le respect de la laïcité suppose en revanche de se concentrer sur les comportements agressifs ou les pressions religieuses qui peuvent être exercées ici ou là. Ce sont ces comportements qui doivent être fermement refusés et sanctionnés.

Monsieur Ketelbuters, connaissez-vous vraiment la réalité de terrain ? Vous énumérez les éternels mêmes exemples bien connus, mais en quoi sont-ils le reflet de la réalité ? Quels sont les chiffres et quels sont les données objectives ? Nous n’en saurons rien car vous préférez impressionner par l’anecdote plutôt qu’éclairer par la statistique.

Pour cause, la réalité est toute autre. Notre première tâche a été de réaliser un état des lieux le plus objectif et impartial possible, à partir des remontées d’associations privées, des administrations concernées et des acteurs de terrain. Et il nous a surpris nous-mêmes tant il diverge d’un certain traitement médiatique.

Mais, à l’inverse de ce qu’affirme de façon péremptoire Monsieur Ketelbuters, si nous considérons que la France « n’a pas de problème avec sa laïcité » parce que ce principe est partagé par la quasi-totalité des citoyens, ni l’Observatoire de la laïcité ni même son président n’a dit qu’il n’y avait « pas de problème ».

Il y en a et il faut y répondre fermement. Ils sont peut-être plus visibles qu’auparavant, parfois plus violents, plus « explosifs » et soumis à une plus forte médiatisation, via les chaînes d’informations en continue, Internet, les réseaux sociaux, etc. Mais ils sont finalement assez rares et dans la quasi-totalité des cas, se règlent par le dialogue et le simple bon sens.

Bien sûr, dans un but de « clientélisme électoral » inavoué, afin de justifier les peurs qu’ils voudraient voir partager ou, même, de maquiller leur racisme en noble cause, certains, en particulier à l’extrême droite, prennent le risque d’alimenter ou d’encourager par la pression constante ou la stigmatisation permanente l’apparition de nouveaux problèmes. Ils réécrivent les faits ou mélangent les genres et procèdent à la mise en scène de leurs prophéties. Ils font souvent peu de cas de la rigueur, saturent l’espace de leur présence, réussissant la prouesse d’imposer dans l’espace commun une idée du réel qui n’existe pas, ou peu. Les récents sondages sur la perception du poids des musulmans en France ou sur la réalité du communautarisme en ont donné un aperçu inquiétant.

Nous pensons à l’inverse que, collectivement et en particulier les élus, les acteurs de terrain et les médias, nous devons être responsables dans nos actions et dans nos déclarations.

C’est pourquoi nous vous appelons, non pas à l’exacerbation des problèmes, mais à la recherche de solutions aux problèmes réels qui se posent sur le terrain.

Nous vous invitons donc, Monsieur Ketelbuters, à lire nos premiers travaux, nombreux et tous adoptés à l’unanimité des membres de l’Observatoire (sauf un, adopté à une très large majorité).

Vous pourrez ainsi découvrir nos « guides pratiques » rappelant le droit et ce que la laïcité permet et ce qu’elle interdit. Vous ne les mentionnez pas, pourtant, ces guides sont très bien reçus et utilisés par les acteurs de terrain, dans le secteur socio-éducatif, dans les collectivités locales, et même dans les entreprises privées.

À l’Observatoire de la laïcité, nous cherchons des solutions. Nous refusons donc d’alimenter une polémique stérile et dépassée sur les adjectifs qu’il faudrait associer à la laïcité, qui pour nous se suffit à elle-même.

*Jean-Louis Bianco est président de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre et Nicolas Cadène en est le Rapporteur général.

Quelqu'un m'a ditTribune de Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel

6 août 2014

Publié dans le journal Le Monde, daté du 5 août :

« « Quand la violence crée une spirale incontrôlée et la mort de 300 civils innocents, la situation exige une réponse urgente et déterminée »,viennent d’indiquer à bon escient le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, au moment d’élever au niveau 3 les sanctions économiques contre la Russie.

On ne sait pas si le président russe, Vladimir Poutine, où l’un de ses subordonnés, a donné l’ordre de faire sauter en vol le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Mais il y a déjà cinq fois plus de civils innocents massacrés à Gaza, ceux-là soigneusement ciblés et sur l’ordre direct d’un gouvernement. Les sanctions de l’Union européenne contre Israël restent au niveau zéro. L’annexion de la Crimée russophone déclenche indignation et sanctions. Celle de la Jérusalem arabophone nous laisserait impavides ? Peut-on à la fois condamner M. Poutine et absoudre M. Nétanyahou ? Encore deux poids deux mesures ?

Nous avons condamné les conflits interarabes et intermusulmans qui ensanglantent et décomposent le Moyen-Orient. Ils font plus de victimes locales que la répression israélienne. Mais la particularité de l’affaire israélo-palestinienne est qu’elle concerne et touche à l’identité des millions d’Arabes et musulmans, des millions de chrétiens et Occidentaux, des millions de juifs dispersés dans le monde.

Ce conflit apparemment local est de portée mondiale et de ce fait a déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental. Il a réveillé et amplifié anti-judaïsme, anti-arabisme, anti-christianisme (les croisés) et répandu des incendies de haine dans tous les continents.

Nous avons eu l’occasion de nous rendre à Gaza, où il existe un Institut culturel français ; et les SOS que nous recevons de nos amis sur place, qui voient les leurs mourir dans une terrible solitude, nous bouleversent. N’ayant guère d’accointances avec les actuels présidents du Conseil et de la Commission européens, ce n’est pas vers ces éminentes et sagaces personnalités que nous nous tournons mais vers vous, François Hollande, pour qui nous avons voté et qui ne nous êtes pas inconnu. C’est de vous que nous sommes en droit d’attendre une réponse urgente et déterminée face à ce carnage, comme à la systématisation des punitions collectives en Cisjordanie même.

Les appels pieux ne suffisent pas plus que les renvois dos à dos qui masquent la terrible disproportion de forces entre colonisateurs et colonisés depuis quarante-sept ans. L’écrivain et dissident russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) demandait aux dirigeants soviétiques une seule chose : « Ne mentez pas. » Quand on ne peut résister à la force, on doit au moins résister au mensonge. Ne vous et ne nous mentez pas, monsieur le Président.

On doit toujours regretter la mort de militaires en opération, mais quand les victimes sont des civils, femmes et enfants sans défense qui n’ont plus d’eau à boire, non pas des occupants mais des occupés, et non des envahisseurs mais des envahis, il ne s’agit plus d’implorer mais de sommer au respect du droit international.

La France est bien placée pour initier un mouvement des grands pays européens pour la suspension de l’accord d’association entre Israël et l’UE, accord conditionné au respect de nos valeurs communes et des accords de paix souscrits par le passé. De même pourrait-elle faire valoir qu’un cessez-le-feu qui déboucherait sur un retour au statu quo ante, lui-même déjà intolérable, ne ferait que contribuer au pourrissement de la situation et donc au retour de l’insécurité pour les uns comme pour les autres.

L’enfermement complet n’est ni viable ni humain. Pourquoi la police européenne ne pourrait-elle revenir sur tous les points de passage entre Gaza et l’extérieur, comme c’était le cas avant 2007 ?

Nous n’oublions pas les chrétiens expulsés d’Irak et les civils assiégés d’Alep. Mais à notre connaissance, vous n’avez jamais chanté La Vie en rose en trinquant avec l’autocrate de Damas ou avec le calife de Mossoul comme on vous l’a vu faire sur nos écrans avec le premier ministre israélien au cours d’un repas familial.

L’extrême droite israélienne vous semblant moins répréhensible que l’extrême droite française, à quelque chose cette inconséquence pourrait être bonne : faciliter les échanges et les pressions au nom de valeurs communes.

Israël se veut défenseur d’un Occident ex-persécuteur de juifs, dont il est un héritier pour le meilleur et pour le pire. Il se dit défenseur de la démocratie, qu’il réserve pleinement aux seuls juifs, et se prétend ennemi du racisme tout en se rapprochant d’un apartheid pour les Arabes.

L’école stoïcienne recommandait de distinguer, parmi les événements du monde, entre les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. On ne peut guère agir sur les accidents d’avion et les séismes – et pourtant vous avez personnellement pris en main le sort et le deuil des familles des victimes d’une catastrophe aérienne au Mali. C’est tout à votre honneur. A fortiori, un homme politique se doit de monter en première ligne quand les catastrophes humanitaires sont le fait de décisions politiques sur lesquelles il peut intervenir, surtout quand les responsables sont de ses amis ou alliés et qu’ils font partie des Nations unies, sujets aux mêmes devoirs et obligations que les autres Etats. La France n’est-elle pas un membre permanent du Conseil de sécurité ?

Ce ne sont certes pas des Français qui sont directement en cause ici, c’est une certaine idée de la France dont vous êtes comptable, aux yeux de vos compatriotes comme du reste du monde. Et il ne vous échappe pas que faux-fuyants et faux-semblants ont une crédibilité et une durée de vie de plus en plus limitées.

Rony Brauman (Ex-président de MSF, professeur à Sciences Po)

Régis Debray (Ecrivain et philosophe)

Edgar Morin (Sociologue et philosophe) (Directeur de recherches émérite au CNRS)

Christiane Hessel (Veuve de Stéphane Hessel) »

Socialiste!Ségolène Royal au service d’un grand projet énergétique d’avenir

1 août 2014

logo_transition_energetiqueSégolène Royal a fait un travail considérable pour rapprocher des points de vue apparemment irréconciliables au service d’un grand projet énergétique d’avenir.

Son énergie et son expérience, ainsi que la réalisation concrète de projets d’excellence environnementale dans sa région lui ont donné des savoir-faire qui viennent de prouver, associés à une grande capacité d’écoute, leur efficacité.

Quelqu'un m'a dit« Amis juifs et musulmans, restons français avant tout »

16 juillet 2014

Retrouvez ci-dessous la tribune de l’imam français Tareq Oubrou :

« Le conflit israélo-palestinien est au cœur de toutes les discussions du moment. J’appelle mes concitoyens, quelle que soit leur appartenance religieuse, à l’apaisement. Je sais bien que certains, prompts à vilipender toute tentative allant dans ce sens, interpréteront ce message comme une trahison, alors même qu’il s’agit d’un appel à vivre ensemble et apprendre à décrypter les finesses de notre société.

Nous, musulmans de France, devons savoir faire la part des choses. Discerner ce qui est politique de ce qui est religieux, ce qui relève de l’identité de ce qui relève de la communauté. Les juifs de France doivent également s’inscrire dans cette démarche.

Je m’inscris en faux lorsque la religion est instrumentalisée à des fins de rassemblement dans ce conflit. Non, la religion n’a rien à voir avec l’antagonisme israélo-palestinien. C’est politique. Je tiens à ce que la religion, juive ou musulmane, soit mise à l’abri des analyses sur ce conflit.

Mais ce discernement ne pourra s’opérer que s’il est mis en place de chaque côté. Ainsi, les juifs doivent dire la part de responsabilité de l’Etat hébreu dans le conflit, comme les musulmans doivent dire également la part de responsabilité des organisations qui sèment le trouble. Cela aidera significativement chacun à reconnaître en l’autre un interlocuteur raisonnable.

On ne peut pas défendre l’indéfendable systématiquement au motif que la partie en cause est membre de sa propre communauté. Chacun doit assumer ses responsabilités. Nous sommes des Français, des citoyens du même pays, nous avons le devoir de vivre ensemble en bonne intelligence. Donc, de savoir discuter, d’accepter un dialogue contradictoire et surtout, surtout, de ne jamais passer de la posture politique à la violence.

Notre pays est face à une singularité étonnante, il est l’un des seuls d’Occident à accueillir des communautés juive et musulmane aussi importantes. Les enjeux qui en découlent sont considérables. On a pu le constater récemment avec l’affaire Merah ou bien encore avec l’affaire Nemmouche. Or, rien, absolument rien, ne peut permettre de justifier un passage à l’acte. Ces deux affaires sont la traduction d’un processus d’identification massif au peuple palestinien par une population musulmane vulnérable. Ce transfert inconscient de nos banlieues est la marque d’un manque d’éducation sociale et morale liée à la déshérence de ces territoires par la République.

Nous avons besoin d’hommes et de femmes courageux pour parler avec leurs communautés et leur faire entendre raison quand le conflit israélo-palestinien s’insinue trop loin dans nos vies.
Etant donné que la situation me semble bien délicate là-bas, que je reste fort pessimiste sur une issue heureuse, nous devons redoubler d’attention. Les juifs doivent être capables de dire que la politique israélienne salit l’image de leur communauté à travers le monde. Qu’elle ne leur rend pas service. La colonisation des territoires palestiniens doit cesser, le droit international doit s’appliquer. Il me semble que c’est la seule manière d’apaiser les musulmans dans le monde. Et les musulmans doivent dire haut et fort que les multiples agressions du Hamas sont condamnables.

Il ne faudrait pas que les juifs de France soient plus israéliens que les Israéliens et les musulmans de France plus palestiniens que les Palestiniens. Tout en adoptant des postures politiques différentes à l’égard de ce conflit meurtrier, une démarcation citoyenne française reste nécessaire pour un vivre ensemble en France.

Tareq Oubrou »

Quelqu'un m'a ditIntégrisme religieux : appel à la vigilance

21 juin 2014

Je suis signataire du manifeste suivant, afin de contester l’insupportable instrumentalisation de la religion à des fins abjectes.

Vous pouvez le signez en cliquant ici.

 « Inquiets et révoltés devant la montée d’une violence abjecte et lâche, usurpant la foi comme raison d’être, nous voulons rappeler ici que l’humanité est une, que la force des armes, qui n’est que la poursuite de celle des mots, n’est jamais un argument ni un chemin vers la victoire. Que ceux qui l’utilisent ne sont que des ignorants à l’égard de leurs propres religions et de leurs propres cultures. Et que cette violence peut et doit être combattue par tous les moyens légitimes, et d’abord par une lecture contemporaine des textes de nos multiples traditions, religieuses ou laïques, respectueuse de la dignité humaine, par l’éducation des hommes et des femmes, par l’action politique, par la raison, par la culture, par l’art et par l’humour.

Nulle doctrine, nulle religion, nulle idéologie, nulle science, nulle culture ne peut revendiquer pour elle seule la propriété de la vérité. Nul peuple, nulle religion, nulle doctrine, nulle science, nulle culture ne peut survivre sans respecter, écouter, partager, échanger, apprendre des autres. 

Nul être humain ne peut être réduit à une seule dimension, qu’elle soit religieuse, ethnique, sexuelle, culturelle ou politique. 

Nous, signataires de cet appel, croyants ou agnostiques, humains avant tout, nous constituons en réseau de vigilance et de résistance pour défendre et faire respecter ces principes. »

Signataires: Jacques Attali, Paul Balta, Christophe Barbier, Sadek Beloucif, Ghaleb Bencheïkh, Hichem Ben Yaïche, Jean-François Bensahel, Jean-Louis Bianco, Yann Boissière, Michel Camdessus, Malek Chebel Michel Davy De Virville, Alain De La Morandais, Bertrand Delanoë, Mgr Jean-Michel Di Falco Leandri, Roger-Pol Droit, Claude Durand, Gad Elmaleh, Luc Ferry, Maurice Godelier, Antoine Guggenheim, Nedim Gürsel Delphine Horvilleur, Latifa Ibn Ziaten, Serge Klarsfeld, Théo Klein, Marc Konczaty, Haïm Korsia, Rivon Krygier, Frédéric Lenoir, Emmanuelle Mignon, Mohammed Moussaoui, Erik Orsenna, Olivier Poivre d’Arvor, Simone Rodan, Kamel Sanhadji, Michel Serfaty, Gilbert Sinoue, Smaïn, Lionel Zinsou, Olivier Abel, Mgr Antoine Hérouard.

Socialiste!Un nouveau modèle énergétique français pour changer d’ère!

18 juin 2014

Ségolène Royal a présenté ce matin, en Conseil des ministres, le projet de loi sur la transition énergétique​​, l’un des textes les plus importants du quinquennat de François Hollande.

Les objectifs sont clairs : réduire les émissions de gaz à effet de serre françaises pour contribuer à l’objectif européende baisse de 40% de ces émissions en 2030 (par rapport à la référence 1990), diminuer de 30% en 2030 notre consommation d’énergies fossiles, ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025, porter en 2030 la part des énergies renouvelables à 32% de notre consommation énergétique finale (soit 40% de l’électricité produite, 38% de la chaleur consommée et 15% des carburants utilisés) et diviser par deux notre consommation finale d’énergie d’ici 2050.

La majeure partie de l’énergie que nous consommons aujourd’hui est polluante, coûteuse et provient de ressources fossiles qui diminuent. La transition énergétique vise à préparer l’après pétrole.

Ce nouveau modèle énergétique français permettra :

- de combattre le chômage par la croissance verte,

- de diminuer les importations d’énergie de la France qui s’élèvent à 65 milliards d’euros,

- de diminuer la facture énergétique des Français grâce aux économies d’énergie dans le bâtiment et dans les transports,

- et, bien sûr, de lutter contre le dérèglement climatique.

Pour accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, un allégement fiscal sera mis en place à hauteur de 30% des travaux, dans la limite de 8000 euros pour une personne seule et de 16.000 euros pour un couple. Le chèque énergie aidera les ménages les plus modestes à rénover leur logement, améliorera dès maintenant ler pouvoir d’achat en les accompagnant pour réduire leur consommation d’énergie. Des sociétés régionales de tiers financement pourront faire l’avance des travaux aux particuliers.

Il faut aussi développer les transports propres pour améliorer la qualité de l’air et protéger la santé des Français. Le bonus pour l’achat d’un véhicule électrique sera majoré lorsqu’il s’accompagnera de la mise au rebut d’un véhicule diesel. Les nouveaux espaces de stationnement seront équipés en bornes de recharge.

Pour relancer les énergies renouvelables, le texte prévoit le développement de la production et la distribution de chaleur issue de sources renouvelables grâce au doublement du « fonds chaleur » et le lancement de 1500 projets de méthaniseurs dans les territoires ruraux pour produire de l’énergie à partir de déchets agricoles. La France disposera également en 2020 de 3000 MW de puissance électrique fournie par les nouveaux parcs éoliens en mer (soit l’équivalent de 4 réacteurs nucléaires), accélérera la réalisation de fermes pilotes hydroliennes en mer et modernisera la gestion des centrales hydroélectriques. Il soutient l’installation de panneaux solaires sur les bâtiments qui demandent beaucoup d’électricité (centres commerciaux, usines, entrepôts, etc.).

Comme vient de le dire Nicolas Hulot, cette loi représente « un beau moment d’espoir qui permet à la France de se mettre en position pour rentrer dans l’économie du futur ».

Socialiste!Sur la laïcité, un débat législatif risque d’être très dangereux

18 juin 2014

Retrouvez ci-dessous mon interview paru lundi dans Libération :

INTERVIEW

Pour Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, une nouvelle loi n’est pas nécessaire, alors que la Cour de cassation doit se prononcer dans l’affaire Baby Loup.

L’an dernier, un arrêt de la Cour de cassation créait la polémique en donnant raison à une salariée licenciée parce qu’elle portait un voile islamique contre son employeur, la crèche Baby Loup de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, sortait de son rôle en critiquant ouvertement la décision de justice. Et le président de la République posait la question de la nécessité de légiférer sur la laïcité en entreprise. En avril 2013, il mettait en place un Observatoire de la laïcité. Un an plus tard, et alors que s’ouvre ce lundi devant la Cour de cassation un nouvel épisode dans l’affaire de la crèche Baby Loup, Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité, répond à nos questions.

Après l’arrêt de la Cour de cassation, François Hollande avait laissé entendre qu’une loi pourrait régler ce genre de problème. Dans l’avis que vous avez rendu, vous dites que ce n’est pas nécessaire. Pourquoi ?

Il y a selon nous deux solutions : la première s’appuie sur le règlement intérieur. Il n’est pas du tout impossible dans une activité comme celle-ci d’apporter par un règlement intérieur des limites à l’expression religieuse. Simplement, il faut le justifier précisément. Deuxième solution, plus sûre sur le plan juridique, c’est la délégation de service public. La crèche Baby Loup est financée à 80% par fonds publics, il y a donc une logique à être conventionné. Or, lorsqu’on est en délégation de service public, on est, comme dans le service public, soumis aux obligations de neutralité. La question du foulard ne se pose donc plus, tout signe religieux étant alors interdit. La crèche Baby Loup n’a pas voulu de cette solution. Mais elle existe. Nous estimons donc qu’une loi n’est pas nécessaire.

L’affaire Baby Loup était-elle le bon angle pour poser un débat sur la laïcité ?

Je ne suis pas sûr. C’est devenu très emblématique, avec des positions très engagées d’un côté comme de l’autre. Et on en a fait l’emblème d’un combat pour la laïcité alors que la réalité de l’histoire est plus complexe. C’était un terrain hyper-conflictuel, hyper-médiatisé, hyper-symbolisé avec une émotion particulière et légitime liée au travail exceptionnel que fait cette crèche. L’affaire Baby Loup est très particulière. Car, dans la jurisprudence des tribunaux prud’homaux, dans celle des tribunaux administratifs, du Conseil d’Etat, il n’y a pas ces contradictions… Les réponses y sont, au contraire, convergentes et très précises.

Le plus fervent défenseur d’une loi était le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Il est aujourd’hui Premier ministre, est-ce que cela ne vous met pas dans une position difficile ?

Nous n’en avons pas parlé depuis qu’il est Premier ministre. On verra bien, mais nous avons toujours eu des conversations très libres. Et je note aussi qu’il avait dit que ce serait une erreur grave de considérer la laïcité comme une citadelle assiégée. Le gouvernement et le Parlement prendront les décisions qu’ils voudront. Mais s’ils estiment une loi nécessaire, nous recommanderons que l’on prenne le temps. Notre pays est terriblement tendu, il y a de l’agressivité, du désespoir, de la haine. Nous pensons qu’un débat législatif risque d’être très dangereux.

Dans votre premier rapport annuel, vous dites qu’il n’y a pas beaucoup de problèmes, mais on constate l’émergence de difficultés très localisées et issues de franges radicalisées…

Il n’y a pas autant de soucis que cela autour de la laïcité. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes nouveaux. Il y a des demandes de type nourriture, congés, soins… Certaines faites de bonne foi, d’autres constituant une offensive délibérée contre la République. C’est là qu’il faut dire non. Ce que l’on constate, c’est un développement du communautarisme.

A partir de quand est-il attentatoire à la liberté d’autrui ou à l’ordre public ?

Ce n’est pas parce qu’une femme porte le foulard qu’elle est intégriste, radicale, antilaïque ou antirépublicaine. D’une manière générale, il faut que l’on comprenne mieux le phénomène. Et la réponse n’est pas forcément la laïcité. Il y a des problèmes de ségrégation, de discrimination, de racisme, d’intégration… Le texte qui fonde le principe de laïcité en France date de 1905, une époque où le catholicisme était ultramajoritaire.

Ce texte est-il adapté à la société actuelle ?

La loi a évolué dans le temps, même si l’on reste dans les principes de 1905. La réponse de l’Observatoire est que les principes qu’exprime la loi – liberté de croire ou de ne pas croire, neutralité absolue du service public, séparation des Églises et de l’Etat – nous paraissent être les bons principes. Plus que jamais dans une société compliquée, diversifiée, fragmentée. Simplement, il faut faire vivre ces principes, et faire un gigantesque effort d’information, de formation et de promotion de la laïcité.

Recueilli par Alice Géraud

Quelqu'un m'a ditMa réponse à Alain Finkielkraut

13 juin 2014

lettre JLB 1Lundi 9 juin, Alain Finkielkraut était l’invité de Patrick Cohen sur France Inter.

À cette occasion, il a critiqué à tort le rôle de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre et certains de mes propos.

Voici donc ma réponse : cliquez ici.

Le CFCM adopte la « convention citoyenne des Musulmans de France pour le vivre ensemble »

6 juin 2014

Je salue l’adoption par le Conseil français du culte musulman (CFCM) de la « convention citoyenne des Musulmans de France pour le vivre-ensemble ».

Ce texte souligne en particulier l’attachement du CFCM à la laïcité qu’il rappelle être un acquis majeur du vivre ensemble et de la non-discrimination des citoyens.

Alors que les musulmans de France sont encore trop souvent victimes de discriminations, de clichés ou de préjugés, le CFCM rappelle son attachement profond à la devise républicaine qui, en matière de laïcité, se décline en la « liberté de croyance pour tous les citoyens, l’égalité entre tous les citoyens au-delà de leur origine ou de leur religion, et la fraternité entre les différentes composantes de la communauté nationale.

Vous pouvez la retrouver ci-dessous :

Convention citoyenne des Musulmans de France pour le vivre-ensemble publié par LeFigaro