Archive pour la catégorie ‘Croire à l’Europe’

La France, « roue de secours de l’Allemagne »

Lundi 9 janvier 2012

« Je me demande pourquoi la France a cessé d’être le ciment de l’Europe. Son devoir est de recomposer l’unité européenne, pas de servir de roue de secours à l’Allemagne. »

Romano Prodi l’ex-président du Conseil italien et de la Commission européenne, hier, dans le Corriere della Sera

La démocratie est-elle moins défendable que la finance ?

Mercredi 4 janvier 2012

Avec la Hongrie de Viktor Orban, l’Union européenne fait face à un problème qu’elle a déjà connu (dans une moindre mesure) avec Silvio Berlusconi ou Jörg Haider (en 1999-2000).

Face à la nouvelle constitution hongroise qui en plusieurs points contrevient directement aux libertés fondamentales, les responsables européens devraient réagir (très) fermement. La Charte des droits fondamentaux en vigueur depuis fin 2009 donne d’ailleurs de nouveaux arguments.
 

Mais pour l’instant Hillary Clinton et l’ONU se sont faits plus entendre que le président de la Commission européenne, Manuel Barroso. Ce dernier s’est contenté d’une lettre critiquant le pouvoir hongrois… à propos des projets législatifs sur la Banque nationale et la stabilité financière !
On constate le « deux poids deux mesures » quand il s’agit de la finance ou de la démocratie. Si des intérêts financiers sont en jeu, la réaction des institutions européennes est forte. Mais quand il s’agit de démocratie, la prudence est de mise.
Pourtant, l’Union européenne peut (certes, de façon très encadrée) suspendre de ses droits tout pays membre portant atteinte aux valeurs fondamentales européennes (article 7 du Traité sur l’Union européenne). Une mesure dont Bruxelles n’a encore jamais usé à ce jour et qu’elle pourrait utilement brandir face aux inacceptables dérives du pouvoir de Viktor Orban.
Rappel de certaines des dernières réformes en Hongrie :
 

- Une loi rend les sans-abri éventuellement passibles de peines de prison.
- Radio-télévision et agence de presse MTI sont regroupés en une seule entité supervisée par un Conseil des médias dirigé par une proche du Premier ministre.
- L’unique radio d’opposition Klubradio s’est vu retirer sa fréquence.
- Création d’un Conseil budgétaire de trois membres nommés par le Premier ministre, qui aura le pouvoir d’opposer son veto au projet de budget.

- Le mandat des titulaires de postes importants de l’appareil d’Etat : économie, justice, police et armée, est porté à neuf ou douze ans. Un futur gouvernement d’une autre couleur politique sera en conséquence confronté à un appareil d’Etat hostile, aux mains de fidèles de Viktor Orban.

- La Constitution stipule que le mariage ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme, excluant les mariages homosexuels.

- La Constitution décrète que l’embryon est un être humain dès le début de la grossesse.- Introduction d’une référence explicite à « Dieu » dans la Constitution : « Dieu bénisse les Hongrois ».

- La Constitution rend rétroactivement « responsables des crimes communistes » commis jusqu’en 1989 les dirigeants de l’actuel Parti socialiste (ex-communiste).

Gestion de la crise européenne : le jugement de VGE

Mardi 20 décembre 2011

Devant  les  étudiants  de  l’Institut  Catholique  de  Paris,  Valéry  Giscard  d’Estaing  s’est  lâché.

Il juge  « comiques » les  gesticulations  de  Nicolas  Sarkozy  et  Angela  Merkel  pour  faire adopter un nouveau traité. « Chimère », que de vouloir parvenir à un accord d’ici à mars 2012. Très critique sur la règle d’or : « Comment voulez-vous qu’une Cour de Justice décrète des sanctions … à la première récession venue, la règle d’or explosera en vol car il faudra une relance budgétaire pour stimuler les investissements … ».

À méditer pour le sauveur de la France, de l’Europe et de la planète … Nicolas Sarkozy.

La mort d’un juste

Lundi 19 décembre 2011

Vaclav Havel vient de mourir …

Je me souviens de sa lettre de 1975 au dirigeant communiste Gustav Husak, où il dénonçait « le règne de la peur, du mensonge et de la corruption ».

Je me souviens de sa venue à l’ambassade de France le 9 décembre 1988 lors de la visite de François Mitterrand à Prague, alors que le régime n’était pas encore tombé. Il nous avait dit, avec son humour si caractéristique : « J’ai emporté une petite valise avec ma brosse à dents et mon pyjama, parce que je ne sais pas si je ne vais pas être arrêté en sortant d’ici ».

Je me souviens de son installation au Hradcin, le palais présidentiel, où il était comme un enfant découvrant les longs couloirs, les nombreuses salles, et où il se déplaçait … en trottinette ! Pour égayer le lieu, il avait accroché des tableaux modernes peints par ses amis.

Je me souviens de conseillers en jeans et à queue de cheval.

Je me souviens de son premier discours de Président, le 1er janvier 1990, ou il disait :

« Chers concitoyens,
« Depuis quarante ans, vous avez toujours entendu le premier jour de l’année, de la bouche de mes prédécesseurs, le même discours, avec seulement quelques variantes : comment notre pays fleurissait, combien nous avions fabriqué de nouveaux millions de tonnes d’acier, combien noussomme tous heureux, combien nous avons confiance en notre gouvernement et quelles belles perspectives s’ouvrent devant nous !
« Je suppose que vous ne m’avez pas proposé à ce poste pour je vous mente à mon tour. Notre pays ne fleurit pas. Le grand potentiel créateur et spirituel de nos nations n’est pas utilisé commeil se doit. Des branches entières de l’industrie produisent des choses qui n’intéressent personne, tandis que ce dont nous avons besoin nous manque toujours. L’Etat, qui s’appelle Etat des ouvriers, humilie et exploite les ouvriers. Notre économie arriérée gaspille une énergie rare. Le pays qui pouvait être fier, autrefois, de l’érudition de son peuple dépense tellement peu pour l’enseignement qu’il se trouve aujourd’hui à la soixante-douxième place mondiale dans ce domaine.
« Mais cela n’est pas encore l’essentiel. Le pire est que nous vivons dans un milieu moral pourri. Nous sommes malades moralement parce que nous sommes habitués à dire blanc et à penser noir. Nous avons appris à ne rien croire, à ne pas prêter attention l’un à l’autre, à ne nous occuper que de nous-mêmes. Des expressions comme l’amour, l’amitié, la pitié, l’humilité ou le pardon ont perdu leur profondeur et leur dimension et ne signifient, pour nombre d’entre nous, qu’une sorte de particularité psychologique aussi désuète que des salutations oubliées du temps passé, un peurisibles à l’heure des ordinateurs et des fusées cosmiques ».

Face à tous les totalitarismes, face à toutes les lâchetés, n’oublions pas la leçon de Vaclav Havel.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel « n’ont rien de neuf à proposer »

Mercredi 7 décembre 2011

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel « n’ont rien de neuf à proposer » et leur accord se limite à des « mesures symboliques » a déploré le président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) au Parlement européen, l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt.

Il a ajouté : « le moteur franco-allemand d’intégration européenne a des ratés. Je redoute une panne fatale (…) L’unité de façade entre les dirigeants français et allemand masque mal leurs divergences profondes et persistantes (…) Leur accord est le plus petit dénominateur commun mais en aucun cas en plan global vers l’Union économique, fiscale et budgétaire (…) Le rejet pur et simple de tout mécanisme de mutualisation des dettes relève de l’aveuglement et du court-termisme ».

« Halte à la germanophobie »

Lundi 5 décembre 2011

Alain Juppé et François Fillon ont raison : halte a la germanophobie.

Il y a un responsable politique français et un seul qui a fait preuve d’une scandaleuse germanphobie.

C’est celui qui a declaré : « La France n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité ni de génocide ».

C’était Nicolas Sarkozy dans son discours du 17 avril 2007.

Qu’attendez vous, MM. Fillon et Juppé pour l’appeller à démissionner ?

George Papandreou : la roulette russe ou le poker ?

Mercredi 2 novembre 2011

1) « Mais quelle mouche l’a piqué ? » Par sa décision de soumettre le plan d’austérité à un referendum, le Premier Ministre grec déclenche la « panique sur les marché financiers et dans les capitales », alors que l’Europe se croyait « sauvée » (cf. mon article : « l’Europe en sursis »)… Le « décidément très mauvais élève grec » se voit convoqué par le couple de deux profs furieux, le « Merkozy ».

2) Pourquoi a-t-il pris cette décision ? Peut-être tout simplement parce qu’il n’en pouvait plus d’être vilipendé par une partie toujours croissante de son peuple. Peut-être parce qu’il voyait sa majorité lui filer entre les doigts. Peut-être parce qu’il préférait un referendum à des législatives qui semblaient perdues d’avance.

3) Mais sa décision n’est-elle pas légitime ? Qui a décrété que les peuples devaient subir sans être consultés ? Il aurait pu, et même dû le faire à un autre moment, c’est à dire plus tôt, c’est sûr.

4) Les bons esprits nous disent qu’il n’y pas d’alternative à ce plan d’austérité, sinon un plan encore plus dur. C’est le célèbre TINA de Margaret Thatcher (« there is no alternative »).

Et pourtant… si la solidarité européenne avait été immédiate et sans faille, si les banques avaient été remises au pas, croyez vous qu’on en serait là ?

Et d’ailleurs : pourquoi avoir laissé le gouvernement grec continuer de folles dépenses militaires (4,5% du PIB), comme si la Turquie ou la Macédoine risquaient d’attaquer la Grèce ?

Parce que Français et Allemands continuent à se battre pour vendre des frégates militaires à la Grèce, ce qui est une priorité qui ne vous a pas échappé ? Pourquoi avoir laissé l’Église orthodoxe à l’abri de ses 700 milliards d’euros de patrimoine non taxés ?

5) Les bons esprits nous disent : il faut que la Grèce sorte de l’euro (sous-entendu : « qu’elle arrête de nous enquiquiner »). Il aurait sans aucun doute mieux valu ne pas la laisser entrer en 2001 sur la base de comptes truqués. Mais si elle sort de l’euro, il y aura une terrible fuite de capitaux avant que la drachme ne soit réintroduite, puis une forte dévaluation, inévitable, d’où une perte supplémentaire de pouvoir d’achat par renchérissement des importations, et finalement une aggravation de la crise pour le peuple grec.

6) Et nous, alors ? Le front spéculatif se déplacera avec toute sa puissance sur l’Italie, l’Espagne, le Portugal… et peut-être la France. Les digues péniblement élaborées lors du dernier sommet européen permettront-elles de résister ?

Ce n’est pas sûr.

L’Europe sauvée ? Non. L’Europe en sursis.

Jeudi 27 octobre 2011

1/ L’accord intervenu cette nuit au forceps relève-t’il d’un miracle accompli grâce à l’action de Nicolas Sarkozy ? Ou est-ce, comme l’estime Dany Cohn-Bendit, une théâtralisation alors qu’on connaissait d’avance les termes de l’accord ?

À mon avis, ni l’un, ni l’autre. L’Europe sort toujours de ses crises par des négociations à l’arraché. Ça n’est pas du théâtre. C’est tout simplement parce qu’il faut être au bord du précipice pour obliger chacun aux compromis nécessaires. Et ce qui a été frappant dans les derniers jours, c’est plus le poids de l’Allemagne que la force de Nicolas Sarkozy.

2/ Est-ce un bon accord ?

Sur certains points, oui.

On annule 50 % de la dette grecque.

J’ai dit, ici même, depuis des mois, que cette mesure était nécessaire et inévitable. Que de temps perdu ! On aurait pu éviter d’ ajouter , pour le peuple grec, toujours plus d’austérité.

On dote de 1000 milliards d’euros la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière. Très bien. Mais là aussi, quel manque de courage, quelle irresponsabilité que d’avoir attendu si longtemps !

L’histoire jugera sévèrement les atermoiements et le temps perdu face à la crise.

3/ Ce qui manque

Les dirigeants européens ont, en tout cas provisoirement, arrêté l’hémorragie. Ils n’ont pas guéri le malade. Parce qu’ils ne se sont pas attaqués au système, en dépit des belles déclarations répétées de Nicolas Sarkozy. Pas de taxe sur les transactions financières. Pas de mutualisation de la dette européenne sous la forme d’euro-obligations. Pas de gouvernement  économique de l’Europe. Pas de contrôle du pouvoir politique sur les banques. Pas de relance par la croissance verte européenne, qui serait pourtant ô combien nécessaire pour éviter la récession qui menace.

4/ Ce qui est stupide

Avoir associé au financement de la dette européenne, la Chine, la Russie et quelques autres pays émergents. Comment croire une seconde qu’ils le font pour nos beaux yeux, qu’ils seraient animés par un magnifique esprit de solidarité !

En réalité, l’Europe accepte ainsi le renforcement de leur puissance à notre détriment. Comment désormais aborder les négociations nécessaires pour que la concurrence avec ces pays soit moins inégale, pour que l’échange soit soumis au respect d’un minimum de règles sociales et environnementales ? C’est une politique de gribouille.

L’Europe contre les pauvres ?

Lundi 19 septembre 2011

Alors que les Européens subissent une grave crise économique et sont de plus en plus nombreux à tomber dans la précarité, la Commission européenne veut diminuer de 73% le budget de l’aide alimentaire. Cette baisse est la conséquence d’une plainte soutenue par 7 États européens et portée devant la Cour de justice de l’Union européenne. 7 États qui pourtant ne participent pas à ce programme. Dans 19 autres pays de l’UE, 13 millions de personnes dépendent du programme d’aide alimentaire qui ne représente que 1% du budget de la PAC et seulement 0,004% du produit intérieur brut européen. En France, cette aide bénéficie à près de 4 millions de personnes. Je demande aux ministres de l’Agriculture, aujourd’hui réunis à Bruxelles, de défendre la solidarité européenne et de ne pas revenir sur ce programme d’aide initié en 1987 grâce à l’engagement de Coluche et des Restos du Cœur. Ils doivent absolument voter un dispositif transitoire pour 2012-2013 qui assurera un budget annuel de 500 millions d’euros et laissera le temps d’imaginer une nouvelle version du programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) pour les années suivantes.

Appel européen contre la dictature financière

Vendredi 19 août 2011

Cet Appel est une initiative citoyenne née d’échanges entre lectrices et lecteurs de Mediapart. Il est proposé à la signature des citoyennes et citoyens européens.

Je l’ai moi-même signé.

Voici sa retranscription :

Une crise sans précédent aggrave les inégalités sociales et la pauvreté et entraîne l’Europe vers une catastrophe imminente

Nous, citoyennes et citoyens d’Europe, affirmons que cette crise n’est pas fatale comme on voudrait nous le faire croire : des solutions existent et elles doivent aujourd’hui être imposées par les peuples. Devant l’irresponsabilité de nombreux gouvernements qui font payer aux citoyens la folie des vrais responsables de la crise de la dette, à savoir les Marchés financiers, nous appelons à refuser la dictature de la spéculation financière et ses terribles conséquences sur nos vies.

Les politiques actuelles conduisent à une impasse économique

Prétextant la crise de la dette, les gouvernements imposent partout des plans de réduction des dépenses publiques qui détruisent des institutions vitales pour le bien commun : École, Hôpital, Justice, Recherche, Sécurité sociale…

Après la crise de 2008, nos dirigeants nationaux et européens s’étaient fermement engagés à limiter les effets dévastateurs de la spéculation financière : ces engagements n’ont pas été tenus ! Pire : la spéculation la plus débridée se déchaîne impunément et mine toute chance de relance économique et de réduction du chômage.

Nous refusons que la finance soit une arme qui broie les peuples au profit des plus riches

Les organismes financiers doivent être au service de la vie sociale et de l’économie, et non l’inverse. Aussi, nous affirmons qu’il faut aujourd’hui changer de politique et de modèle économique.

Nous appelons les citoyennes et citoyens des pays européens à user de tous les moyens démocratiques et pacifiques dont ils disposent pour imposer les cinq premières mesures suivantes à leurs gouvernements et aux institutions européennes :

  • l’annulation des plans d’austérité ;
  • l’interdiction de toute spéculation financière aux banques de dépôts ;
  • une taxe substantielle sur les transactions financières harmonisée à l’échelle européenne ;
  • l’audit indépendant des dettes publiques en vue de leur résorption ou de leur annulation ;
  • des réformes fiscales visant à redistribuer équitablement les richesses.

Nous nous déclarons solidaires de tous les Indignés et nous appelons à soutenir, développer et fédérer au niveau européen tous les mouvements de protestation.

À cette fin, nous appelons à occuper chaque dimanche, massivement et pacifiquement, les places publiques des grandes villes. Ces rassemblements hebdomadaires se répéteront aussi longtemps que la volonté des peuples n’aura pas été entendue et respectée. Ils ont vocation à se transformer en véritables forums citoyens pour la reconquête de la souveraineté des peuples.  Reprenons en main nos destins pour lutter de façon unie et solidaire contre la dictature financière !

Mille rassemblements populaires pour une Europe des citoyens !

Mille forums citoyens contre la dictature financière !

 


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