Archive pour la catégorie ‘Croire à l'Europe’

« La meilleure façon de tourner la page de la guerre froide n’est pas de faire commerce d’équipements de guerre chaude »

Mercredi 3 mars 2010

Que la Russie soit un partenaire stratégique pour la France, personne n’en doute. Encore faudrait-il, si l’on veut être efficace et solidaire, s’efforcer de jouer un jeu européen. Il est vrai que les autres pays font comme la France : ils jouent « perso ». C’est la meilleure manière de s’affaiblir face à la Russie qui sait, comme jadis l’URSS, diviser pour régner.

Bien entendu, il est bon de faire en sorte que les projets de l’OTAN et les projets américains ne soient plus perçus comme des menaces à l’égard de Moscou.

Mais de là à aller jusqu’à vendre des navires de guerre, il y a une limite à ne pas franchir. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner que les pays baltes, qui ont été annexés pendant la seconde guerre mondiale par l’Union soviétique et qui ont subi des déportations massives de populations s’inquiètent du projet français de vendre quatre navires de guerre à la Russie.

« Je ne suis pas sur que la meilleure façon de tourner la page de la guerre froide soit de faire commerce d’équipements de guerre chaude » a dit le ministre letton des Affaires étrangères.

Un nouveau modèle de capitalisme ?

Jeudi 14 janvier 2010

Aujourd’hui et demain, j’ai la chance d’être un des rares socialistes français à participer au colloque franco-britannique, à Londres, sur le « nouveau modèle de capitalisme ». Ce sera également l’occasion de parler de « l’après Copenhague » et l’avenir des rapports Chine-États-Unis.

Je ne manquerai pas de vous faire un compte-rendu de ces rencontres et de vous donner mon impression.

Comment vont les pays d’Europe centrale et orientale ?

Mercredi 6 janvier 2010

Jean-Pierre Pagé a la gentilles de m’adresser régulièrement le tableau de bord du CERI (Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po) sur l’Europe centrale et orientale.

Qu’apprend t’on ?

D’abord, en dépit des inquiétudes manifestées tout au long de l’année 2009, l’ensemble des économies de la zone ne se sont pas effondrées.
Certains pays ont bien résisté à la crise, ou n’ont pas fait plus mal que l’Europe occidentale. Parmi eux, la Pologne, seul pays de l’Union à afficher une croissance en 2009.

Les trois pays baltes et la Hongrie ont été très fortement éprouvés par la crise, parce qu’ils étaient déjà en situation difficile avant qu’elle n’éclate.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans leur grande majorité, ces pays n’ont pas trempé dans les pratiques financières perverses de l’Occident. Ils ont souffert pour deux raisons différentes :

- Quand ils avaient une politique d’exportation très spécialisée (cas de la Slovaquie mais aussi de l’Ukraine et de la Russie),
- Ceux qui, en raison de la propension de leur secteur privé à s’endetter outrageusement en devises fortes, particulièrement en euros, ont connu une dépréciation considérable de leur monnaie (cas de la Hongrie et de l’Ukraine).

L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie étaient devenues de véritables colonies de l’Europe du Nord, financées  par les systémes bancaires de ces pays. Ils ont abusé des facilités financières ainsi constituées. Qualifiés trop vite de "petits tigres de la Baltique", ils ont pris la crise de plein fouet.

Dans cette même livraison, Jacques Rupnik estime, ce que je trouve très contestable, que sur vingt ans, les pays qui ont adopté une "thérapie de choc", en jouant de leurs avantages comparatifs (salaires et impôts plus bas, flexibilité du marché du travail…) ont mieux réussi leur transition que les autres, à l’exception de la Slovénie.

Le problème, toujours selon Jacques Rupnik, est qu’ils pensent que la réponse a la crise est la poursuite de la même recette libérale. Vaclav Klaus l’a comparée à une grippe : "Avec les soins médicaux cela prend une semaine, autrement c’est sept jours…".

Autrement dit, les libéraux de l’Est sont les derniers croyants…

« L’Europe risque de devenir la Suisse du monde »

Mardi 5 janvier 2010

Je vous invite à lire la tribune de Guy Verhofstadt dans le journal belge Le Soir : c’est ici. Pour ma part et sur ce point, je partage tout à fait son point de vue.

Extraits :

"(…) C’est ici que nous arrivons peut-être à la conclusion la plus choquante de Copenhague : l’Europe n’était pas invitée à la table des Grands. Pas un pays européen, pas la France, pas l’Allemagne et pas non plus le Royaume-Uni. Et encore moins, l’Union comme telle (…)"

"La question est de savoir si c’est ici qu’on laisse tomber, faisant le constat que notre temps est passé ? C’est peut-être une option réaliste, mais c’est également une option dangereuse. Cela signifiera alors qu’à partir de maintenant, nous laissons des pays décider sans nous. Que les arguments qui sont ceux de l’Europe pour un monde de la démocratie et des droits de l’homme ne seront plus écoutés. Cette Europe-là deviendra de plus en plus la Suisse du monde (…)"

"Copenhague est le signal qui indique que l’Union européenne doit devenir une union politique, une fédération politique. Les Etats membres de l’Union européenne n’ont finalement pas le choix : soit ils font entendre leur voix via l’Europe, soit on ne les entendra plus. La leçon de Copenhague ne peut pas être plus claire."

De la démocratie…

Dimanche 3 janvier 2010
Dans une série de très beaux articles de François Hauter sur l’Europe de l’est, parus dans le Figaro, je relève cette phrase de l’écrivain Peter Esterhazy :
 
"Aprés 1989, tout ici a été trop rapide pour les gens. Sous la dictature, l’on survivait comme des animaux. Lorsque la dictature a disparu, nous n’étions pas prêts pour ce quelque chose qu’on appelle"la liberté". Le principe de la démocratie, c’est de dialoguer, de dialoguer, et encore de dialoguer. Et voilà, nous ne savons pas nous parler. Alors nous vivons dans une nouvelle guerre froide."

Personne à Budapest n’a fêté cete année les vingt ans de la démocratie, les cinq années dans l’Union européenne…

Toujours à propos de la Russie (et de la France)

Dimanche 3 janvier 2010

Depuis des années, en fait pratiquement depuis la chute de l’Union soviétique, la démographie russe était en chute libre. Le nombre des décès l’emportait, année après année, sur celui des naissances (à noter : le taux de fécondité est aussi très bas dans la quasi-totalité des pays d’Europe centrale et orientale membres de l’Union européenne, à l’exception, surprenante, de l’Estonie).

En Russie, pour la première fois depuis le début des années 1990, il y aurait eu plus de naissances que de décès.
Les démographes nous ont appris à considérer seulement les temps longs : attendons de voir si cette bonne nouvelle se confirme dans les années à venir.

Pour mémoire : la France continue à caracoler, si l’on peut dire, en tête de la fécondité -avec l’Irlande- dans l’Union européenne. Le nombre d’enfants par femme, qui diminuait sensiblement depuis 1950, comme dans pratiquement tous les pays développés, a commencé à remonter en France depuis 1995. Il se situe à un peu plus de 2 enfants par femme, ce qui est tout juste suffisant pour assurer ce que les démographes appellent le "renouvellement des générations" (2.10 enfants par femme).
 
Ces questions sont centrales pour l’équilibre à long terme de la société française, pour son dynamisme, et pour le problème des retraites.
 
D’où vient le relatif dynamisme français ? Une certaine confiance, malgré tout, dans l’avenir (et pourtant les Français semblent, d’après les enquêtes, parmi les plus pessimistes) ? Le bonheur familial, comme valeur refuge ? La politique familiale, qui est pourtant loin d’être parfaite ?

Medvedev / Poutine : affrontement programmé ou partage des rôles?

Dimanche 3 janvier 2010
Depuis quelque temps Dmitri Medvedev, le Président russe, se démarque soigneusement de Vladimir Poutine "son" Premier Ministre.
 
Il semble avoir une vision plus moderne et moins tsariste de l’économie. Il critique le fonctionnement de la police, dont il estime les effectifs hypertrophiés. Il prépare une réforme du régime pénitentiaire. Il semble prendre ses distances avec certains medias.
 
Son dernier coup d’éclat a consisté à dénoncer la "justice Basmanny", du nom du tribunal qui a condamné l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski à 8 ans de prison. Il va même jusqu’à considérer "avec respect" l’opposant Gary Kasparov, pourtant empêché régulièrement de s’exprimer et de manifester.
 

Au début on considérait qu’il avait seulement pour rôle de donner une meilleure image de la Russie à l’étranger, mais qu’il ne croyait pas vraiment à ce qu’il disait. Puis beaucoup ont cru discerner les prémise d’une future bataille pour le pouvoir.

Selon le politologue Nikolaï Ptrov,analyste au centre Carnegie de Moscou, cité par Libération, il s’agirait en fait d’un habile partage des rôles.

Affaire à suivre…

Copenhague, et maintenant ?

Lundi 21 décembre 2009

Quelles sont les leçons à dégager de l’épisode Copenhague ? 

1/ La première leçon est optimiste. malgré tout. Le tintamarre médiatique autour du sommet a sans doute accru la conscience citoyenne écologique. De moins en moins de personnes peuvent douter que le problème du réchauffement climatique est grave, qu’il est mondial, et qu’il lui faut une solution mondiale. En France, le débat autour du pacte de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle avait joué un rôle comparable. 

2/ Il y a confirmation de nouveaux rapports de force à l’échelle de la planète. Les deux acteurs principaux, malgré la montée en ligne du Brésil et de l’Inde, ont été, dans des rôles différents, les Étas-Unis et la Chine. L’Europe, qui est pourtant moins en retard que d’autres, pèse assez peu, parce qu’elle ne parle pas d’une seule voix. L’Europe est toujours un nain politique. 

Comme l’a souligné  Christian Sautter, Barack Obama ne pouvait convaincre une opinion publique réticente et obtenir une majorité des deux tiers au Sénat que si la Chine prenait des engagements aussi contraignants que les USA. 

Le Chine a commencé  par se cacher parmi les 77 pays les plus pauvres, puis s’est fortement exprimée contre un éventuel contrôle international, y voyant une insupportable atteinte à sa souveraineté et à son « droit à la croissance ». 

3/ La méthode de négociation utilisée à Copenhague est inappropriée. Ce n’est pas seulement la faute de l’ONU. En l’absence d’une gouvernance mondiale démocratique, on en est réduit à des marchandages d’État à État, parfois de bloc à bloc. Mais ce n’est pas demain qu’émergera un gouvernement mondial démocratique et efficace. 

En attendant, il faut adopter une méthode et un calendrier précis et contraignant sur les étapes de négociation à franchir avant les prochains rendez-vous à Bonn et à Mexico, prévoyant des compte-rendus réguliers pour informer et prendre à témoin l’opinion publique mondiale. 

Quel avenir pour le Parti Socialiste Européen (PSE) ?

Mercredi 9 décembre 2009

J’ai participé , dans la délégation du PS, au congrès du PSE à Prague. Disons-le franchement : Malgré des progrès récents, comme l’adoption du "manifesto" pour les élections européennes après un débat participatif par Internet, le PSE est largement un mythe.

Même si les adhérents reçoivent leur carte du PSE en même temps que celle du PS, le PSE n’a pas la vie d’un véritable parti. On l’a bien vu dans la recherche d’un candidat alternatif à José Manuel Barroso, certains pays sociaux-démocrates ont privilégié des logiques nationales à une logique européenne.

Plus grave, la vie du PSE se concentre sur des contacts entre dirigeants, certes sympathiques et utiles, mais qui n’échappe pas toujours au "café du commerce".

Alors que faire ?

D’abord, nous convaincre, au-delà des partis, que nous avons besoin dans le monde tel qu’il est d’une Europe politique forte. Ce ne sont pas les minimales pouvoirs du "président stable du Conseil européen (de l’Union européenne)" ou de la "ministre des Affaires étrangères de l’UE" qui changeront quoi que ce soit.

Je plaide pour un débat ouvert, dans tous les pays de l’Union, sur l’Europe que nous voulons. Il faut redonner du sens à l’Europe et cela ne peut se faire que si les citoyens se réapproprient l’Europe.

Il faut plus de pouvoirs au Parlement européen, au-delà de ceux qu’il a conquis par le Traité de Lisbonne.

Il faut poser la question du choix d’une Europe fédérale qui ne se mêlerait que de l’essentiel, pour que l’Union puisse vraiment peser dans un monde rude et difficile.

Il faut enfin un PSE vraiment démocratique avec des adhérents directs qui n’aient pas forcément leur carte d’un parti national, un parti capable de conduire des débats transnationaux et une campagne européenne transnationale.

Il y a du "pain sur la planche" mais c’est ce que souhaitent et veulent les jeunes "activistes" que j’ai rencontré à Prague.

L’Europe des peuples

Lundi 30 novembre 2009

À la fin de la semaine dernière, j’accueillais à Digne-les-Bains une grande réunion pour décider des projets européens de coopération transfrontalière. Les projets, à l’échelle locale, départementale, régionale ou interégionale, rassemblent, outre les départements, les régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur de ce côté-ci des Alpes, et de l’autre côté des provinces (homologues des départements), le Val d’Aoste, la région Piémont et la région Ligouri.

À noter : le "mille-feuilles" territoriale dénoncé par Nicolas Sarkozy a parfaitement fonctionné, du côté italien comme du côté français. Ce qui ne fonctionne pas, ce qui coûte de l’argent ou du temps, ce sont les doublons exercés par l’État sur les collectivités locales et les avis contradictoires des administrations de l’État entre elles !

Parmi les principaux projets que le département des Alpes de Haute-Provence porte, avec la province de Cuneo et la région Piémont : l’édition des cartes géographiques transfrontalières pour le tourisme de pleine nature (randonnée, VTT, ski de fond, cheval, etc.) ; la réalisation, pour les écoles et collèges travaillant en visio-conférence entre la France et l’Italie, de guides du patrimoine naturel et architectural ; les échanges des bonnes pratiques dans les domaines du fret et du patrimoine (villages et cités de caractère) ; une route de l’art contemporain de Digne à Cuneo.

L’occasion pour moi de reparler italien (j’ai même dû faire l’interprète pour une partie de la conférence de presse), de retrouver des amis français et italiens, de partager un goût commun de la vie et une nature commune.

Comme le disait une responsable de la région Piémont : "Je me sens plus chez moi ici, à Digne, qu’à Rome".