Archive pour la catégorie ‘Croire à l’Europe’

L’exemple norvégien

Mardi 9 août 2011

Chacun a admiré la réaction du peuple norvégien après la tuerie d’Oslo : pas d’appel à la haine, ni d’obsession sécuritaire.

Croyez vous que nous aurions pu avoir en France une telle attitude partagée par tous ? N’y aurait-il pas eu, ici ou là, un concours à qui demanderait le plus de renforcement des moyens de sécurité ?

Une jeune militante travailliste, dont le message a été repris par Jens Stoltenberg, le premier ministre norvégien, a été jusqu’à dire : « Voyez ce qu’a pu produire la haine d’un homme seul. Imaginez alors ce que nous pourrions produire, tous ensemble, avec l’amour ».

En 2008, une occasion ratée de reprendre la main sur une crise aujourd’hui incontrôlable

Lundi 8 août 2011

L’ensemble des gouvernants occidentaux paient aujourd’hui le fait de n’avoir pris aucune mesure d’ampleur au moment de la crise de 2008.

Comme le rappelle un excellent article de Martine Orange publié sur le site Mediapart, c’est « par idéologie, par incompétence, par peur, que les responsables politiques ont laissé passer ce moment unique pour reprendre le contrôle d’un système financier débridé ». Le (petit) répit gagné en 2009-2010 leur a laissé penser que tout pouvait recommencer comme avant.

Le fait est que les gouvernements occidentaux, très majoritairement classés à droite, ont perdu la croyance dans le pouvoir public et dans leur capacité à agir. Ils « s’agenouillent devant la prétendue sagesse supérieure des marchés et se retirent dans le confort moral, en affirmant que la meilleure et la seule chose à faire est d’équilibrer les finances » de façon irréfléchie, c’est à dire en imposant la rigueur pour la rigueur, l’austérité. Précisément la plus mauvaise chose à faire dans cette tourmente.

Les actifs financiers dans le monde représentent environ 220.000 milliards de dollars, soit plus de quatre fois le PNB mondial. Près de 150.000 milliards de dollars sont de la dette sous toutes les formes.

Ces chiffres sont le produit d’un dérèglement du système monétaire, depuis l’abandon de l’étalon or le 15 août 1971. Quarante ans après, nous pouvons mesurer les effets d’un système, ayant largué tout repère avec l’économie réelle, où la création monétaire a été abandonnée aux mains de la finance privée, déchargée de tout contrôle des États.

L’Union européenne a même désigné une banque centrale privée de la capacité d’être prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire de pouvoir acheter directement la dette émise par les États. Comme le note Martine Orange, « Libres de toutes entraves, les banques s’en sont donné à cœur joie pour créer sans cesse plus d’argent, plus de dettes, sans rapport avec le réel. La finance est devenue un objet en soi ».

La responsabilité des banques centrales dans ce dérèglement est immense puisqu’elles ont entretenu le crime et le vice, à partir du krak du 26 octobre 1987. Le tout nouveau président de la réserve fédérale américaine, Alan Greenspan déversa alors des tombereaux de liquidités à taux zéro. À chaque menace de ralentissement, la même politique a été relancée : il fallait à tout prix éviter le moindre ralentissement de la machine. Des milliards de dollars à coût nul ont été déversés dans le système, alimentant la création de la dette.

Tandis que les banquiers centraux surveillaient à la loupe la moindre augmentation salariale, signe d’une dangereuse dérive inflationniste, ils n’ont vu ni la bulle Internet, ni les bulles immobilières, ni les bulles des actifs, ni la création monétaire produite par les méga fusions-acquisitions payées en papier – ce qui revenait à autoriser des entreprises privées à frapper monnaie. Tout cela était si euphorisant, le système était si parfait, que, dans les débuts des années 2000, la FED décida de ne plus tenir compte de l’indicateur M3 –celui de la création monétaire– dans sa surveillance…

Et puis il y a eu la crise des « subprimes »… En urgence, les banques centrales ont redonné toutes les liquidités voulues et plus encore pour éviter l’écroulement : depuis 2008, l’endettement des États-Unis a augmenté de 2.000 milliards de dollars, celui de l’Italie de 300 milliards d’euros, celui de la France de 900 milliards – selon la version gouvernementale – ou 300 milliards – selon la version de la Cour des comptes –, rien que par les effets de la crise et des moyens mis en œuvre pour éviter l’effondrement du système financier.

En contrepartie ? Rien.

Pas un droit de regard, pas un compte à rendre, même pas une action. La France est allée en la matière jusqu’à la caricature, l’État n’étant même pas représenté dans les conseils d’administrations des banques sauvées.

Martine Orange rappelle qu’il y avait pourtant des précédents dont les gouvernements auraient pu s’inspirer. « Au début des années 1990, la Suède s’est aussi trouvée au bord de l’effondrement de son système bancaire. L’État a repris le contrôle de tout. Toutes ses banques ont été nationalisées. L’ensemble des bilans a été nettoyé. Les mauvaises créances mises de côté dans des structures permettant de temporiser, certaines ont été annulées avec le temps, d’autres remboursées plus ou moins bien. Certaines banques ont été fermées. Les autres ont été recapitalisées puis remises sur le marché, mais avec une surveillance accrue des autorités bancaires. Le champ d’action a été strictement encadré et contrôlé. La Suède comme le Canada, qui a connu une mésaventure à peu près comparable, ont tous les deux échappé au séisme de 2008. »

Si les autorités bancaires américaines ont un peu fait le ménage et ont obligé les banques à se recapitaliser, dans la zone euro, rien de tel. Pire, les normes prudentielles de Bâle III, supposées apporter un peu de sécurité, ont été repoussées à 2017 au mieux.

Et les paradis fiscaux ? Ils prospèrent comme jamais, après la mascarade du retour dans le rang, couverte par l’OCDE.

Les agences de notation ?  Vouées à nouveau aux gémonies après la dégradation des Etats-Unis, elles n’ont pas été inquiétées une seconde. Elles sont toujours autant irresponsables. L’Europe n’a même pas créé sa propre agence, comme elle l’avait promis.

Quant à la spéculation, elle profite à vue d’œil. Aucune mesure n’a été prise, par exemple, pour interdire les ventes à découvert sur les dettes souveraines.

Les pistes pour sortir de ce cauchemar existent pourtant. Ségolène Royal, candidate à la primaire ouverte à tous les Français des 9 et 16 octobre prochains, en a décliné plusieurs. Mais elles nécessitent du volontarisme politique et supposent de refuser de se plier à une « oligarchie financière ».

Ainsi par exemple, l’interdiction des ventes à découvert sur les dettes souveraines, la réforme du statut de la BCE, la création d’un fonds souverain européen, celle d’une agence publique européenne de notation, la taxation des transactions financières, etc. Et l’acceptation, comme le propose l’économiste Kenneth Rogoff, d’une inflation modérée (4 à 6%) pour dissoudre les dettes dans le temps ? La question mérite d’être posée.

Contre les dérives de la financiarisation à outrance et pour protéger la souveraineté de leurs peuples, Les États ont des armes… encore faut-il qu’ils s’en servent et refusent que la politique se plie à la finance.

Sauvetage de l’euro : ouf… Mais trop tard et trop peu

Vendredi 22 juillet 2011

Trop tard :

- Les gouvernements européens ont perdu 18 mois pour adopter des mesures qui auraient dû l’être dès le début de la crise grecque. Cela a coûté cher en souffrances pour le peuple grec et argent dévoyé dans la spéculation.

Trop peu :

- Vis-à-vis des banques, on en reste à l’incantation sous forme d’appel à leur bonne volonté. Il faut que les banques et les fonds de placement contribuent financièrement au rétablissement de la situation.

- Quant à la spéculation financière, rien a été décidé. Il faut non seulement la combattre mais réellement l’empêcher. Il n’est pas acceptable que les gouvernements démocratiques soient soumis à la loi de la spéculation.

- Rien n’a été fait pour avancer vers un vrai pouvoir économique européen fédéral. Ce serait indispensable si nous voulons demain éviter les répétitions de la crise grecque.

Crise de l’euro, crise de l’Europe

Mardi 19 juillet 2011

Une fois de plus, l’inquiétude grandit en Europe et dans le monde, à la veille du sommet européen de jeudi.

Face à l’urgence, on a improvisé des solutions comme le fonds européen de stabilité. Mais au prix, en particulier pour la Grèce, de plans d’austérité injustes, insupportables et qui, en définitive, rendent impossible la sortie de crise, tout simplement parce que la Grèce, faute de croissance et de solidarité, ne pourra plus payer.

Sous la dictature des agences de notation et des banques, l’Europe, faute de vision et de volonté, mène une politique suicidaire. Comment admettre que les banques et les fonds de placement spéculent sur les obligations qui représentent la dette des États, en vendant deux fois plus cher qu’ils n’ont acheté ? Il faut évidemment que le secteur privé prenne sa part du fardeau de la dette, que ce soit par un abandon partiel ou par un étalement des créances.

Il faut, comme le réclament les socialistes européens, mutualiser la dette des États sous forme d’euro-obligations. Mais le problème est plus grave. Il n’y a pas de pilote de l’Europe. Il n’y a pas de gouvernement économique de l’Europe face à la toute puissance du marché.

Que cela nous plaise ou pas, nous nous en sortirons que par un pouvoir de type fédéral. Dès 2012, il faudra en discuter sérieusement avec nos partenaires pour préserver en même temps l’autonomie des décisions nationales sur les services publics essentiels : éducation, santé, justice, etc.

Motion sur la démocratie et les relations Afrique-Europe

Mercredi 11 mai 2011

Je vous invite à lire ci-dessous cette très belle motion que je soutiens. Elle a été adoptée à Ispra le 7 mai dernier et a pour vocation d’être repris pour qu’il recueille le maximum de signatures d’ici avant le Conseil européen du mois de juin.

« Le monde est soumis simultanément à plusieurs crises : économique, sociale , écologique et démocratique.  En ce concerne la crise démocratique, nous – militants français et italiens du parti socialiste européen – formons le voeu de voir l’Union européenne:

- Prendre en compte les aspirations des peuples de la rive sud de la Méditerranée à la démocratie.

- Favoriser les échanges avec les pays qui ont choisi la voie de la démocratie

- Dans le domaine de l’éducation, étendre Erasmus aux pays de la rive sud et en matière de culture développer le tourisme et mettre en valeur les sites archéologiques en débloquant des fonds européens.

– Favoriser des initiatives créatrices d’emplois locaux.

– Mettre en place un observatoire pour l’analyse quantitative de la migration mais aussi qualitative sur les motivations des personnes. Il s’agit de pouvoir apporter des corrections chiffrées et d’éviter toute distorsion, manipulation que ce soit par les médias  ou par certains politiques.

Nous ne sommes pas dupes de la conduite de MM. Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy qui sont aujourd’hui aux prises avec des formations populistes dans leurs pays respectifs.

Pour remporter la bataille de la démagogie électoraliste, ils n’hésitent pas à gonfler artificiellement l’impact de l’immigration et à se jouer d’une Europe incapable de mener des politiques concrètes.

Nous souhaitons voir le Conseil européen de juin prendre des dispositions conformes à la dignité humaine afin de gérer ensemble (Europe et Afrique du Nord) les flux migratoires de part et d’autre  de la Méditerranée.

Le Conseil doit:

– Fixer les conditions du droit d’asile,

- Lutter contre les passeurs et l’immigration clandestine,

- Mutualiser les moyens des différents Etats membres en cas d’afflux massif,

- Renforcer Frontex comme c’est déjà largement le cas aux frontières orientales de l’UE.

Nous marquons notre attachement au respect de la liberté de circuler dans l’UE.

Le meilleur moyen de gérer les migrations est d’encourager les partenariats, créer des ponts, des passerelles plutôt que de se barricader et d’ériger des murs réels ou symboliques. L’Europe doit porter l’espoir et nous refusons qu’elle se construise sur la peur. Ne laissons pas les idées de l’extrême droite prospérer en Europe. »

Mitterrand et l’Allemagne : la véritable histoire

Lundi 9 mai 2011

Vous trouverez ci-dessous la tribune que j’ai publié avec Hubert Védrine dans Le Figaro de ce jour :

La polémique recuite sur la politique conduite par François Mitterrand à l’égard de la réunification de l’Allemagne a resurgi du fait du chef de l’État, et de François Fillon.

« Nous n’avons rien vu venir dans le monde arabe ; lui non plus en Allemagne », ont-ils dit en guise d’excuse. Sur le premier point ils se seraient mieux défendus en rappelant que personne n’est censé prévoir l’imprévisible (ce qui a fait problème c’était la réaction à côté de la plaque, pas l’absence de prévision). Quant à la seconde affirmation elle est fausse mais tenace, ce qui justifie que l’on y revienne.

« Il n’a rien vu.» On ne peut pas se tromper plus ! Dès octobre 1981, François Mitterrand prédisait à Helmut Schmidt que d’ici dix ou quinze ans, l’URSS serait assez affaiblie pour ne plus être capable d’empêcher la réunification. L’arrivée de M. Gorbatchev au pouvoir le renforça dans cette conviction. En juillet 1989, quatre mois avant la chute du mur il réaffirma publiquement dans le Nouvel Observateur et à trois journaux européens ce qui avait été sa ligne de conduite comme premier secrétaire du PS : « l’aspiration des Allemands à la réunification est légitime dès lors qu’elle se déroule démocratiquement et pacifiquement ». Démocratiquement, cela voulait dire des élections libres en RDA. Pacifiquement, cela supposait que seraient pris en compte les intérêts des pays voisins, en particulier la question des frontières avec la Pologne (elle-même très inquiète) et le renoncement aux armes ABC. Plus tard il ajouta : que cela renforce l’Europe (par contre l’OTAN l’indifférait) et que cela n’entraine pas la chute de Gorbatchev.

Alors qu’a-t-il échoué à prévoir, qu’un autre ait vu mieux que lui ? A quel prophète extralucide le compare-t-on ? Quelle déclaration prémonitoire d’un de ses prédécesseurs, de George Bush père, de Margaret Thatcher, de Mikhaïl Gorbatchev, de Helmut Kohl lui-même lui oppose-t-on aux siennes ? Helmut Kohl qui, en novembre 1989 encore, après la chute du Mur, expliquait à ses compatriotes, dans son plan en dix points, que la réunification prendrait encore des années et bien des étapes ?

« Il était contre. » On l’a vu, c’était faux. Pour autant fallait-il approuver les yeux fermés ce processus ? Pendant quarante ans, la perspective de cette réunification avait été considérée comme un casus belli potentiel. Tout l’acquis de la construction européenne aurait pu s’en trouver remis en question et on aurait voulu que le président français traitât cet événement avec légèreté, en groupie ou en spectateur ébahi? François Mitterrand l’a traité avec gravité et sérieux, en ami de l’Allemagne, un ami sincère mais exigeant, et en veillant aux intérêts de la France, de l’Union européenne et de la paix en Europe, il s’est comporté non en commentateur ou en supporter, mais en président. Il ne s’est pas demandé s’il était pour ou contre mais a agi pour que cela se passe bien.

Voilà donc un dirigeant – François Mitterrand – qui a fixé son cap plusieurs années avant que ses futurs détracteurs aient conçu à retardement leurs futures critiques ; qui a mené pendant toutes les années 80 la politique franco-allemande que l’on sait et dont on voit encore mieux avec le recul qu’elle avait pour but de préparer la France, l’Allemagne et l’Europe à ce rendez vous ; qui a agi de concert avec Helmut Kohl pour accompagner les changements à l’Est et la réunification par un renforcement de l’Europe ; qui, dès le Conseil européen de juin 1989, a essayé de convaincre Kohl d’accepter la monnaie unique ; qui, dès septembre 1989 – deux mois avant la « chute » du mur –, a donné comme instruction à Roland Dumas et à ses collaborateurs de tout faire pour obtenir cet engagement allemand sur la monnaie au Conseil européen de décembre 1989 à Strasbourg. Ce qui fut fait. C’est aussi lui qui, pressentant les immenses changements à venir et voulant non pas les empêcher, bien sur, mais les encadrer et les organiser, a lancé en quelques semaines, à fin de 1989, trois idées : celle de la Berd pour aider l’Europe de l’Est a réussir sa transition ; celle d’un sommet spécial de la Conférence pour la sécurité et la coopération européennes, pour régler pacifiquement ce grand bouleversement, et ce fut le sommet de Paris en novembre 1990 ; celle, enfin, d’une « confédération européenne », pour offrir aux nouvelles démocraties de l’Est une structure où elles se seraient trouvées immédiatement à égalité de droits avec les pays d’Europe de l’Ouest. Et là il échoua du fait du refus des pays de l’Est et des États-Unis.

Les tensions légitimes (fallait-il être passif ?), à l’automne et à l’hiver 1989 furent la genèse du traité de Maastricht. Où sont dans tout cela les trains ratés ? La façon dont il a géré nos intérêts et ceux de l’Europe durant ces semaines décisives lui a valu la reconnaissance des Français, l’estime de G. Bush, le respect d’Helmut Kohl (sinon ils n’auraient pas fait Maastricht ensemble !) et celui de Gorbatchev. Des historiens comme Schabert ou Bozo l’ont magistralement démontré. Pourquoi les dirigeants politiques ne liraient pas les historiens ?

Vingt-cinq ans après ces événements, il est peut-être enfin possible d’en parler sérieusement, de façon historique et non partisane. Ce qui aurait pu être un drame et réduire l’Europe en miettes à fourni, au contraire, un exemple comme il y en a peu de gestion collectivement intelligente d’une grande mutation géopolitique.

Jean-Louis Bianco et Hubert Védrine

« L’Europe n’est pas entre de bonnes mains »

Vendredi 25 mars 2011

Les 4 et 5 mars derniers, le Parti Socialiste Européen (PSE) a adopté une déclaration commune pour une alternative à l’Europe conservatrice d’aujourd’hui. Il s’agit d’une vraie alternative au plan Merkel-Sarkozy.

Au moment où le Portugal, après la Grèce et l’Irlande, connaît de grandes difficultés, il est utile de revenir sur ces propositions nouvelles qui refusent les mesures d’austérité à tous prix.

Les dirigeants de droite de l’Union européenne (UE) sont guidées par la volonté d’institutionnaliser l’austérité et d’affaiblir nos modèles sociaux et nos systèmes de protection sociale. En dépit de tous les signaux observés au cours des 30 derniers mois, ils ne semblent pas vouloir dévier de leur objectif, qui est de faire payer aux citoyens les dysfonctionnements des marchés financiers.

Pourtant, la crise n’incombe ni aux citoyens ni à la protection sociale mais bien à la cupidité, aux politiques irresponsables mises en œuvre ces dernières années par les gouvernements conservateurs de certains États membres et à l’absence de régulation des marchés financiers.

Sous prétexte d’accroître la compétitivité, les gouvernements conservateurs tentent d’imposer à tous les États membres un « Pacte », ou plutôt un diktat ultra-néolibéral d’austérité pure qui empêcherait la sortir de crise.

À l’inverse, les socialistes européens proposent…

- Une véritable politique industrielle européenne, une stratégie de coordination de l’investissement et de la réglementation pour être plus intelligente, plus verte et plus inclusive.

- Des conditions cadres améliorées pour tous les secteurs industriels.

- L’innovation doit être stimulée, l’éducation et la formation améliorées, les infrastructures renforcées et l’énergie et l’efficacité énergétique accrues. Des normes européennes doivent être établies.

- D’investir davantage dans l’activité manufacturière (via l’UE et les États-membres) avec des conditions de travail qui doivent être améliorées et des conséquences de la restructuration industrielle qui doivent être examinées de près.

- La mise en place de politiques spécifiques pour lutter contre le chômage des jeunes et contre la discrimination des jeunes sur le marché du travail.

- L’amélioration de l’intégration des femmes sur le marché du travail, notamment via le développement de l’accueil des enfants.

- La préservation des systèmes nationaux de sécurité sociale et leur renforcement par l’adoption de normes sociales minimales communes. Ces normes minimales doivent, en particulier, garantir un revenu minimum, un salaire décent et la qualité du travail.

- L’intégration des questions sociales dans toutes les politiques et dans tous les programmes européens et nationaux.

- De nouveaux instruments fiscaux, tels que la mise en place d’une fiscalité écologique, permettant de générer des revenus supplémentaires pour l’investissement.

- De réformer fortement le secteur bancaire en imposant aux banques de posséder des parts de capital propre plus élevées, en renforçant le contrôle et la transparence de certains produits financiers, en en interdisant d’autres hautement spéculatifs, en séparant plus clairement les banques d’affaires et de dépôts, et en constituant un véritable fonds de garantie financé par les banques capable de financer les restructurations et la liquidation des instituts en situation critique.

- L’instauration d’une taxe réaliste sur les transactions financières qui génèrerait 200 milliards de revenus supplémentaires par an. Il s’agit d’une taxe juste, qui n’affecterait pas les citoyens, mais uniquement les marchés financiers, et surtout les spéculateurs.

- L’utilisation complète et réelle, dans toute l’Union Européenne, des fonds européens, et en particulier les fonds de cohésion, permettant des investissements la croissance et l’emploi.

- Le soutien financier de la zone euro envers les États membres en difficulté avec pour seul but la relance économique. Dans cette optique, les aides financières déjà attribuées doivent être renégociées, leurs taux d’intérêts diminués et l’échéance pour le remboursement allongée.

- Le renforcement de la cohérence interne de la zone euro au travers d’investissements ciblés et d’une hausse des salaires. Nous devons réduire les écarts qui existent entre les taux d’intérêt des différents États membres.

- La mise en œuvre de règles et objectifs communs qui garantissent un équilibre entre la compétitivité à l’exportation et la demande sur le marché intérieur dans tous les États membres. Les « pays excédentaires » doivent consolider leur demande nationale et les « pays déficitaires » améliorer la productivité de leur économie.

- La mise en place au sein de la zone euro d’un mécanisme, par exemple d’une agence de stabilité qui émettrait des eurobonds, en vue d’une gestion commune d’une partie déterminée de la dette publique et d’investissements transfrontaliers.

- L’amélioration de la coordination des politiques économiques nationales, y compris les politiques budgétaires et fiscales, afin de pouvoir profiter de tous les avantages de l’euro en termes d’emploi et de croissance.

- D’empêcher concrètement le dumping fiscal et une compétitivité négative en imposant un corridor de taux planchers pour l’impôt sur les sociétés.

La mise en œuvre de toutes ces propositions ne devra pas être décidée dans les couloirs bruxellois des conseils européens mais en concertation réelle avec le Parlement européen, seule institution représentative des peuples européens.

Un gouvernement économique démocratiquement légitimé suppose que le Parlement européen ainsi que les parlements nationaux prennent largement part aux grandes décisions qui incombent à un gouvernement économique européen en matière de politique financière, économique et sociale.

L’Union européenne représente une opportunité fantastique pour ses citoyens et ses États membres. La coopération, la solidarité et le budget de l’UE offrent un potentiel considérable pour l’emploi et l’économie. Il existe une autre voie pour l’Europe. Celle fondée sur l’égalité et l’équité, l’emploi et la croissance, et sur une véritable contribution des marchés financiers à la société.

Un peu d’espoir pour l’Europe

Mercredi 9 mars 2011

Les leaders du PSE (Parti socialiste européen) ont adopté ce week-end une déclaration (disponible ici) esquissant ce que pourrait être une politique de gauche en Europe. Toute occupée des commentaires sur les sondages ou sur le procès de Jacques Chirac, la presse n’en a pratiquement pas parlé, à la notable exception de Bernard Guetta (à lire dans Libération).

C’est ainsi, en ne s’occupant que de l’écume des choses, que la presse appauvrit gravement le débat public.

Malgré tout, je voulais vous signaler une autre lueur d’espoir. Nous avons eu hier une passionnante rencontre avec nos camarades allemands du SPD. Nous refusons le pacte de compétitivité Sarkozy-Merkel. Nous sommes d’accord pour taxer la spéculation financière. Nous allons faire des propositions concrètes pour une Europe sociale (salaire minimum, directives et objectifs en matière de dépenses sociales et éducatives, clause de progrès social qui doit prévaloir sur le fonctionnement du marché unique, etc.).

Le Parlement européen lui-même, à une assez large majorité (360 contre 299) a accepté le principe d’un impôt sur la spéculation financière et la commission des affaires économiques a voté l’interdiction d’acheter un CDS, un produit financier qui permet de s’assurer contre le risque de faillite d’un État, si on ne détient pas des obligations de cet État.

Certes beaucoup de chemin reste à faire pour montrer qu’une autre Europe est possible. Alors, parlons-en, débattons au lieu de nous laisser emporter par la dictature des medias et des sondages.

La politique étrangère commune de l’Europe : quelle blague !

Jeudi 3 mars 2011

Face à la situation en Libye, les 27 ne sont même pas capables de se mettre d’accord sur le point de savoir s’ils doivent se réunir ou pas.

Et ils sont encore moins d’accord sur ce qu’il faut faire. L’Union européenne a déjà tardé à prendre des mesures d’embargo par rapport aux États-Unis ou même à la Suisse !

Vous connaissez la blague qui circule à Bruxelles. Avant, on ne connaissait pas le numèro de téléphone de l’Europe. Maintenant, on appelle la « haute représentante », Catherine Ashton, qui est sur répondeur.

Et le répondeur indique : pour la position de l’Allemagne, tapez 1 ; pour la France, tapez 2 ; pour le Royaume-Uni, tapez 3, etc.

Histoire d’un Allemand de l’Est

Lundi 28 février 2011

L’existence de la RDA, l’Allemagne de l’Est, paraît aujourd’hui appartenir à un lointain passé. Pourtant des hommes et des femmes y ont vécu, ont cru au régime, se sont accommodés avec lui ou l’ont combattu. On se rappelle de deux très beaux films : « La vie des autres » et « Good bye Lenin ».

Comment était la vie pendant ces 40 ans d’existence de la RDA ? Maxim Leo vient de publier chez Actes Sud un très beau livre, qui relate sa découverte de l’histoire de sa famille, pour une part mêlée à la France, depuis ses grands-parents. Les portraits en noir et blanc donnent beaucoup de force au texte. Le récit est fin, sensible, sans pathos. Comment pouvait-on être Allemand de l’Est ?


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