Le Tibet sans peine, c’est le titre d’un très beau livre de Pierre Jourde, récit héroï-comique d’un périple de jeunes français à 4 000 mètres d’altitude. Dans un style à la fois précis et éblouissant, on découvre des paysages à vous couper le souffle, l’inconscience des voyageurs, la gentillesse et la finesse du peuple tibétain.
Au départ, une perception si aiguë de Delhi : "La fournaise exalte les odeurs. Le suave ne paraît jamais loin du funèbre, des parfums inconnus et violents… Tout ce que diffuse la profusion des plantes, des corps humains, des corps animaux, tout ce qui monte des petites marmites dans lesquelles des femmes usées font cuire des ragoûts d’arlequin dont une cuillerée vous incendie jusqu’à l’os."
Le franchissement d’un col entre l’Inde et le Tibet : "Une énorme tête de mouflon plantée sur un pieu, d’où rayonnaient des guirlandes de petites oriflammes, faisant claquer leurs couleurs… Les rafales nous assaillaient d’accolades glacées, à nous renverser, dans l’agitation des drapeaux d’allégresse et le rire mort de la bête sacrifiée…"
Dans un campement au Tibet : "À la nuit close, les belles bergères crasseuses, aux longues nattes et aux yeux bridés, se mettent torse nu et se glissent sans plus de façons sous une épaisse couche de couvertures multicolores. Les femmes voilées de l’islam sont à un jour de marche. Je pense à ces jeunes filles, à leur grâce et à leur liberté, leur souhaitant qu’aucun prosélyte du Coran ne monte jamais de la vallée pour chercher à leur faire regarder leur candeur comme de l’impureté. Souvent, depuis vingt-trois ans, je refais le même rêve, où le Tibet se confond avec l’Auvergne. Je ne retrouve pas le bon chemin. Le véritable Tibet était ailleurs. Mes rêves s’épuisent à revenir à ce qui fut une fois, ils en sont convaincus, la beauté à l’état pur ,et qui peut-être n’a jamais existé ailleurs que dans leur nostalgie".