Archive pour la catégorie ‘Les débats du blog’

L’ « austérité juste » de David Cameron

Mercredi 3 novembre 2010

L’impôt sur les plus-values va passer au Royaume-Uni de 18 à 28%. Le taux supérieur de l’impôt sur le revenu de 40 à 50%. Les allocations familiales ne seront plus versées aux 15% de britanniques les mieux rémunérés.

Simon Jenkins dans The Guardian écrit que ce gouvernement « est en passe de devenir le gouvernement le plus à gauche qu’ait eu le pays depuis la seconde guerre mondiale ».

C’est évidemment une provocation, car les inégalités demeurent très fortes au Royaume-Uni et les coupes vont être terribles dans les services publics.

Dans mon livre « Si j’étais président » j’annonce qu’en 2012 ce sera inévitablement « du sang et des larmes ». Nous y sommes. Mais je dis aussi qu’il est possible de construire un autre modèle de développement, fondé sur une autre logique, sur un autre partage des richesses, sur la libération des énergies créatives.

En 2012le premier combat devra être contre touts les injustices et contre toutes les inégalités. C’est à cette condition qu’il sera possible de construire une nouvelle espérance.

Drogues – Salles de consommation à moindres risques : contribution au débat

Mardi 2 novembre 2010

Je vous invite à lire le texte ci-dessous de Daniel Vaillant concernant les salles de consommation à moindres risques pour les usagers de drogue.

Intéressant !

« Monsieur le Maire de Paris,
Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris,
Dans ce débat sur les centres de consommation à moindres risques pour les usagers de drogue, je souhaite simplement vous livrer ce matin la position réaliste et ferme du maire d’arrondissement  que je suis, un arrondissement où, chacun le sait, certains quartiers sont confrontés à l’insoutenable problème sanitaire et social que pose l’usage de drogue.
Vous le savez, en effet, plusieurs secteurs du 18ème, comme dans d’autres arrondissements du Nord Est parisien doivent faire face, au quotidien, aux dommages liés aux usagers de drogue.
Notre responsabilité d’élus est de trouver des réponses à ces problèmes sanitaires et  sociaux qui sont aussi, il faut le dire, source de tension et d’insécurité dans les quartiers concernés !
Il convient, pour cela, d’inventer des dispositifs innovants, pour répondre avec pragmatisme, sans a priori, aux attentes des habitants et à la misère socio-sanitaire des usagers !
Cette proposition de centre de consommation répond selon moi à cet objectif et doit permettre de soulager les riverains, d’amener les toxicomanes vers le soin, et de renforcer pour la police la priorité de son action vers la lutte contre les trafics.
Tout d’abord ces centres permettraient de prévenir les dommages sanitaires qui frappent les usagers de drogues et constitueraient un moyen efficace d’atténuer les risques pour les toxicomanes en les accompagnant vers une prise en charge de soins, pour sortir de l’addiction et non pour s’y maintenir. Ils  seraient aussi le moyen de suivre ces populations à risques.
Ces salles de consommation auraient un autre avantage qui touche, cette fois, à l’intérêt général. Elles visent en effet à répondre aux attentes des habitants excédés par les nuisances occasionnés par certains comportements, sans parler, mais cela va de soi, de la protection contre les risques, avérés ou supposés, de contamination pour les riverains.
Nous sommes toutes et tous ici, en tant qu’élus, saisis régulièrement par des habitants, un syndic de copropriété, une association sur une seringue laissée dans une cage d’escalier, dans un local à un vélo, ou sur les nuisances en tous genres générées par des poly-toxicomanes et la présence d’une scène ouverte.
Face à ces dommages le réalisme s’impose !
L’irresponsabilité que certains dénoncent ici aujourd’hui est bien dans le camp de ceux qui prônent le statu-quo et donc le laxisme!
Il faut à la fois réprimer plus sévèrement le trafic de drogue et mener une politique de réduction des risques sanitaires : un progrès a, à ce titre été accompli, à travers les distributeurs de seringues mis en place par la droite du temps de Michèle Barzach. A ce sujet, Monsieur Goujon, lorsque vous vous félicitez du succès de ces distributeurs, je ne vous fais pas, comme vous nous le faites, le procès de favoriser la consommation.
Il faut donc aujourd’hui aller plus loin. C’est le sens de l’initiative de notre municipalité au travers de ce vœu que je soutiens pleinement. Je suis donc favorable à l’expérimentation de lieux où un personnel médical qualifié conseillerait  soignerait et essaierait de dissuader les consommateurs de drogues dures. L’objectif est bien de faire baisser la consommation et non de l’encourager.
Cette proposition expérimentale doit être considérée comme un outil supplémentaire pour lutter contre les drogues, diminuer les risques, orienter les usagers vers les filières de soin et soulager les riverains confrontés aux nuisances liées à la toxicomanie.
A ce titre, je souhaite personnellement l’installation de ce type de structure dans un lieu visible, plutôt une artère traversant deux ou trois arrondissements, plutôt qu’en cœur de quartier.
Et pour que cette mesure soit pleinement efficace, il faut également éviter toute forme d’amalgame et de simplification du débat.
Cela suppose, bien sur, d’exclure les consommateurs de cannabis de ces centres. Il est clair que l’usage du cannabis en France peut et doit faire l’objet d’un traitement à part et d’une politique différente.
A l’autre extrême dans l’échelle des drogues, il faut aussi, je pense, exclure du champs d’action de ces centres, la plus dure et la plus dangereuse des drogues actuelles, je veux parler du crack, pour lequel des dispositifs spécifiques doivent être trouvés.
Vous le voyez, chers collègues, c’est donc une démarche pragmatique, raisonnée, partenariale et responsable qui m’anime sur ce sujet.
Face à l’usage des drogues, nous sommes aujourd’hui, dans nos quartiers, en situation de non assistance à personne en danger, et au-delà des clivages politiques, j’en appelle à un consensus responsable et humaniste.
Je vous remercie.

Daniel Vaillant »

Quelle est la réalité de la menace terroriste ?

Mardi 5 octobre 2010

Après deux hauts responsables de la police, après Brice Hortefeux, Hervé Morin, ministre de la Défense, nous dit : « La menace terroriste peut nous frapper à tout moment » (interview Le Parisien du 3 octobre).

Une majorité de Français pense qu’il s’agit d’une manipulation de l’opinion. Et pourtant les États-Unis viennent d’indiquer à leurs ressortissants qu’il y avait un risque pour eux, aux Champs-Elysées, à Notre-Dame et dans les aéroports.

Même risque, disent-ils, en Allemagne.

Quelle est la réalité ? Depuis 15 ans, la France est sous la menace d’un attentat. Le plan Vigipirate « rouge » n’a pas été revu à la baisse depuis 2005. Le risque est-il plus élévé aujourd’hui qu’hier ? Le gouvernemnt ne donne aucun élément pour en juger. Et l’on n’observe nulle part sur le territoire un renforcement des moyens policiers. S’il y a un risque aggravé, pourquoi n’en avoir pas informé, éventuellement avec le secret nécessaire, les quelques parlementaires des différents groupes spécialisés dans ces questions ?

Et surtout : à part proclamer le risque, il faudrait dire quelque chose à la population : y a t’il des choses à faire, à éviter ?

Faute de précision, il est difficile de comprendre la logique de l’attitude du gouvernement !

Le gouvernement américain lui-même a-t’il des informations précises, ou prend il simplement une précaution « au cas où » à la veille d’élections de « midterm » qui s’annoncent difficiles ?

La mobilisation des Français est importante dans la prévention d’attentats, par exemple en signalant des colis suspects. C’est pourquoi le gouvernement ne doit pas galvauder la menace terroriste ni entretenir une psychose.

Retour sur la question des retraites

Jeudi 1 juillet 2010

Le gouvernement tire argument du fait que l’âge légal du départ à la retraite est souvent plus tardif dans les autres pays européens. C’est vrai. Mais il faut tout comparer :

1/ Selon l’OCDE, la pension moyenne représente 54 % du salaire moyen en France contre 72 % dans l’OCDE et 74 % en Europe.

2/ La France est un des seuls pays européens (avec la Belgique et l’Espagne) où les retraites sont indexées sur l’indice des prix et non sur les salaires.

3/ La durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein va être de 41,5 années en France contre 30 ans au Royaume-Uni, 35 ans en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Belgique, 37 ans en Autriche, 40 ans en Suède.

4/ L’Allemagne a prévu de porter à 67 ans l’âge de départ à la retraite avec un taux plein mais seulement en 2029 (alors que le gouvernement français prévoit 2023).

« Parce qu’il en va de l’avenir de la France »

Mercredi 2 juin 2010

Je vous invite à participer au débat lancé par RMC sur l’Éducation nationale et la suppression de postes d’enseignants.

Invité à en débattre, j’ai déclaré ce qui suit :

« La suppression des postes dans l’éducation nationale nuit à la qualité de l’enseignement, oui, évidemmentParce que ce qui souhaitable, chaque fois qu’on le peut, c’est que le professeur puisse avoir une méthode, une pédagogie qui tient compte des différences de niveaux. Il ne peut pas faire tout à fait le même cours pour tous. S’il a des classes à 30 ou 40 élèves, ce sera extrêmement difficile (…) Je reconnais qu’il n’y a pas beaucoup d’argent dans les caisses de l’Etat et qu’il faut gérer au plus près », Jean-Louis Bianco insiste : « S’il y a un endroit dans lequel il ne faut pas faire d’économies, c’est l’éducation nationale. Parce qu’il en va de l’avenir de nos enfants, de leurs chances, et il en va aussi de l’avenir de la France. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse nous soutenir que moins il y a de professeurs, mieux on se porte. »

Vous pouvez retrouver cet interview et ce débat en cliquant ici.

Croissance et actifs publics

Mardi 25 mai 2010

Ici, je voudrais répondre à plusieurs interventions d’internautes s’interrogeant sur la décroissance et sur d’éventuelles renationalisations, suite à mes propositions sur les retraites.

Si notre modèle de croissance a effectivement montré toutes ses limites dans la dernière période, je ne crois pas du tout que notre salut viendra dune quelconque décroissance, car pour mieux partager les richesses mieux vaut continuer d’en produire, surtout si nous envisageons notre absolu devoir de solidarité envers les pays du Sud qui aspirent, bien légitimement, à sortir de leur misère.

Pour ce qui de possibles renationalisations, le débat est en effet à ouvrir mais il est malheureusement souvent trop tard. Car comment l’État peut-il racheter aujourd’hui ce qu’il a vendu ? Sans doute en s’endettant et en élevant les impôts, donc en engageant un nouveau cercle vicieux.

Nous avions, dans les années 90, imaginé justement d’affecter les actifs publics à une garantie des retraites. Mais la droite a largement privatisé et, vingt ans après, la France se trouve démunie de ce moyen de bon sens consistant à affecter le patrimoine du pays à la retraite de nos concitoyens.

Comme ces derniers ne peuvent pas payer deux fois, il va bien faloir trouver des voies plus justes et plus efficaces.

Identité nationale

Mardi 6 avril 2010

« Le 5 avril 1979, il y a trente ans, une jeune bénévole de France Terre d’Asile nous accueillait à notre arrivée d’Amérique Latine. La Cimade nous a accompagné dans nos premiers pas. Mme Ghislaine, directrice du foyer de Fontenay-sous-Bois nous a fait confiance. La solidarité nationale nous a aidé à devenir autonomes. Depuis, nous avons choisis de devenir citoyens français. À cette France solidaire à laquelle nous devons tant, un immense merci.

Elena, Diego et Emilio »

(dans le Monde du 6 avril 2009)

Jean Ferrat

Mardi 16 mars 2010

En regardant hier soir l’émission consacrée à Jean Ferrat par France 3, j’ai réalisé que nous avions encore en tête ses plus belles chansons, alors qu’elles sont rarement diffusées. J’ai  redécouvert sa profonde humanité : il savait être engagé, indigné mais toujours sans haine… Et pour le débat sur l’identité nationale, je vous redonne les paroles de « Ma France ».

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu’il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu’elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

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Vous avez dit réchauffement climatique ?

Mardi 9 mars 2010

La neige tombe sur la Corse. Le froid atteint des niveaux record pour un début mars. Et vous continuez à nous parler de la menace du réchauffement climatique ?

Claude Allègre, esprit souvent paradoxal, est parti en guerre contre la thèse du réchauffement climatique, ou du moins contre l’idée qu’il y aurait nécessairement une aggravation due à l’homme. Il prend appui sur des erreurs factuelles, certes regrettables, du GIEC.

C’est aussi ce que dit, en termes plus nuancés, l’ancien collaborateur de Claude Allègre, Vincent Courtillot, directeur de l’Institut de Physique du Globe.

Même si je ne suis pas convaincu par leurs arguments, je trouve toujours intéressant d’écouter les voix divergentes par rapport à la pensée ultra-dominante.

Mais supposons même que Claude Allègre et Vincent Courtillot aient raison. Il faut quand même changer de modèle de développement, ménager la planète, les ressources naturelles, construire une croissance beaucoup plus sobre, préparer activement, dès maintenant, l’après-pétrole.

« L’horizon de la présidentielle de 2012″ par Jacques Sapir

Lundi 8 mars 2010

J’ai reçu il y a quelques jours un intéressant texte (mais qui est à débattre) de Jacques Sapir dont je voudrais vous faire part. En voici un rapide résumé.

Tout d’abord un constat de l’auteur :

« Nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenable » ».

Puis une première affirmation : « Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste ».

Ensuite, sa réponse à certaines affirmations gouvernementales :

« Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas (…) une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

(…) Il faut par ailleurs rappeler que la dette publique n’est qu’une partie de la dette totale de l’économie, et qu’il faudrait, en bonne logique, y ajouter la dette des ménages et celle des entreprises. Le taux d’endettement total réserve alors quelques surprises, comme celle de nous révéler la France comme un des pays les moins endettés parmi les grands pays de l’OCDE »

(…) La précarisation du travail et de nouvelles coupes dans les retraites seront (…) justifiées par la « compétitivité » internationale de la France et par des arguments plus ou moins ad hoc sur la démographie. Pourtant, le mouvement d’enrichissement des plus riches est incontestable dans le long terme. C’est ce qui explique pourquoi la majorité des revenus est aujourd’hui comprimée, au point de ne pouvoir maintenir son pouvoir d’achat que par l’endettement.

(…) « On a réussi pour un temps à convaincre les classes moyennes que leur ennemi était les classes populaires, que l’on qualifiait alors de « budgétivore » et de dévoreur d’allocations sociales ».

(…) « Les revenus les plus élevés disposent de centaines de niches fiscales sur lesquelles ils peuvent jouer. Une grande « nuit du 4 août » fiscale ne pourra avoir lieu, du moins pas à court terme, et pas sans des limites drastiques à la circulation des capitaux. Il est indiscutable qu’il faudra progressivement éliminer ces niches fiscales et autres privilèges, mais il ne faut pas attendre de résultats spectaculaires dans l’immédiat. C’est dans la production, et donc au niveau de la formation des revenus, qu’il faudra agir ».

Jacques Sapir constate aussi la faiblesse de l’Europe et juge ses actions bien souvent néfastes :

(…) « L’Europe est épuisée. Elle l’est en tant que mythe. Qui peut encore croire en un approfondissement de sa dimension fédérale alors que l’on s’apprête à abandonner les pays les plus endettés. Mais elle l’est aussi, et très profondément, dans son projet et dans son action. »

(…) « Loin de constituer un écran et une protection, les directives européennes ont souvent été en avance sur l’OMC. En fait, nous nous sommes ouverts massivement du fait de l’Europe et nous en payons aujourd’hui le prix avec le processus de désindustrialisation et avec les diverses formes de délocalisation. »

(…) « L’Union Européenne non seulement n’a pas été un instrument de protection face à la crise, mais, par sa politique macroéconomique comme par sa politique structurelle, elle a été un facteur puissant d’importation de cette crise ».

Enfin, l’économiste propose une piste alternative aux politiques actuellement menées en France et en Europe :

« Une autre politique fiscale est nécessaire et elle implique, pour être efficace, un strict contrôle de la circulation des capitaux à court terme. Ceci aura pour effet de mettre entre parenthèses la zone Euro, mais sans toucher pour l’instant à l’essentiel. Dans la mesure où la France est un exportateur net de capitaux, ce contrôle ne peut être que bénéfique. Cette politique fiscale devra s’accompagner d’importantes et ambitieuses mesures concernant nos infrastructures. Elles viseront à accroître l’efficacité énergétique et réduire l’impact écologique, à améliorer le réseau de transports et à mettre fin à l’appauvrissement de nos services publics, et en premier lieu de l’éducation. La reconstruction de nos villes, dans le dessein d’en améliorer l’écologie sociale et environnementale sera aussi une priorité ».

(…) « Ces mesures (…) posent le problème de leur financement et ne répondent qu’imparfaitement aux urgences de l’heure. La dimension conjoncturelle de cette politique alternative (…) devra avoir deux volets, l’un concernant la taxation des importations et l’autre concernant le domaine de la monnaie. Il conviendra donc, dans un premier temps, d’introduire immédiatement l’équivalent de ce que l’on appelle dans le mouvement syndical européen une « taxe sociale et écologique aux frontières ». Elle pourrait prendre deux noms, « taxe » pour les pays hors de l’UE et « montant compensatoire social et écologique » pour les pays membre de l’UE. Son principe est simple. Il s’agit de prélever sur tout produit entrant en France pour y être consommé ou utilisé la différence qui existe entre la productivité du pays d’origine et la France pour les biens de la branche et le coût salarial total (incluant le salaire direct et les salaires indirects). Le produit de cette taxe serait utilisé temporairement (et cela a beaucoup d’importance) à subventionner certaines de nos exportations. En effet, dans la situation actuelle il ne suffit pas de faire monter les coûts de nos importations mais il faut aussi faire baisser ceux de nos exportations, du moins pour certains produits industriels. Ce faisant nous ne ferions, sous une autre forme, que répondre à la politique allemande du début de la décennie (…) Quand nous arriverons à un accord avec nos partenaires, il est probable que le produit de cette taxe sera affecté à un fonds social et écologique européen ».

(…) « Dans le même temps, il conviendra de modifier le statut de la Banque de France pour d’une part l’autoriser à prendre unilatéralement toute mesure réglementaire conservatoire et d’autre part pour l’autoriser à acheter des bons du Trésor. Nous avons ainsi la condition de financement de la politique structurelle que nous avons évoquée plus haut. Notons que l’on se place toujours dans le cadre de l’Euro. La Banque de France émettrait ainsi des Euros par un simple jeu d’écriture, droit quelle peut parfaitement s’arroger. Cela aurait pour effet de faire baisser le taux de change de l’Euro rapidement. Mais, il est évident que ceci met en cause la zone Euro, et implique des négociations rapides sur son futur. Notons que, dans ce cas, nous serions relativement protégés par un contrôle strict sur les mouvements de capitaux que l’on a déjà évoqués dans le cadre des mesures structurelles. Dès lors, deux solutions se dessinent. Soit nos partenaires de la zone admettent que la BCE doit changer et doit porter sa part de l’endettement public qui a été consenti en contrepartie de sa politique restrictive de la période précédente et du soutien à l’économie durant la crise. C’est donc la BCE qui prendra alors le relais de la Banque de France ainsi ressuscitée. Soit aucun accord n’est possible. Dans ce cas, nous assisterons à l’éclatement de la zone Euro et au retour à la souveraineté monétaire, qui désormais retrouve son plein exercice avec le contrôle des capitaux qui aboutit à rendre sa liberté à la Banque de France en matière de taux d’intérêt. Cependant, cette solution présente pour certains bien plus de dangers que pour nous-mêmes. La probabilité d’une forte réévaluation de la monnaie allemande se profile alors, dans la mesure où elle ne peut plus compter sur les soi-disant mauvais élèves de la zone Euro pour compenser les effets de son excédent commercial. Cette appréciation risque de condamner à terme le modèle allemand, et ce d’autant plus si elle est accompagnée d’une taxe aux frontières. La logique voudrait donc que l’Allemagne accepte une refonte de la zone Euro ».

(…) Il faut à court terme jouer sur des droits de douanes et sur la dimension monétaire pour retrouver le cadre d’une expansion économique tout en provoquant une réduction du poids relatif de la dette. Il faut à long terme réorienter l’investissement en le dégageant de la pression des marchés financiers (d’où le rôle stratégique du contrôle des capitaux) afin de le diriger vers les infrastructures, ce qui implique la mise en sommeil de certaines des directives européennes (mais pas de toutes) ».

« Une telle politique est la seule qui puisse offrir un réel espoir aux classes populaires, qui ont vu leurs revenus stagner depuis maintenant dix ans, mais aussi aux classes moyennes auxquelles elle ouvre la perspective d’un rééquilibrage de la pression fiscale et, via le retour à une forte croissance, d’une reprise de l’ascenseur social. C’est donc autour de cette politique que doit se construire l’alternative politique faisant écho à l’alternative économique. Dès lors, la question du choix du candidat [pour 2012] est relativement secondaire. Elle doit donc être posée après, et non avant, le choix d’une politique et lui être subordonnée. »

Qu’en pensez-vous ?


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