« République et Résistance »
Vendredi 22 juin 2012
Lors du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, le département des Basses-Alpes (nom de l’époque pour les Alpes de Haute-Provence) s’est tout entier mobilisé, paysans, artisans, employés, avocats, pharmaciens, etc.
Les insurgés ont pris les sous–préfectures puis Digne-les-Bains. Ils ont attendu que le même mouvement se produise ailleurs en France. Mais beaucoup de dirigeants républicains avaient été préventivement arrêtés, et la résistance est restée limitée à quelques départements.
À la tête de ce mouvement dans les Basses-Alpes, Ailhaud, né dans la commune de Volx, était garde-forestier. Nous venons de baptiser le collège de Volx de son nom.
Cet homme, mort du scorbut au bagne de Cayenne, était incroyablement en avance sur son temps.
Voyez plutôt sa déclaration de candidature à une élection législative en 1848.
«
Les ennemis de notre jeune République ne cachent plus leurs espérances et leurs coupables projets ; les circonstances sont graves ; il est difficile de prévoir les évènements : mais il est permis de craindre de cruelles éventualités. C’est dans les moments critiques que les hommes de dévouement doivent faire abnégation d’eux même et de leur famille, pour se présenter résolument à la brèche. Dix ans de persécution, sous la monarchie, ne m’ont point fait fléchir, et j’étais à la veille de perdre mon modeste emploi, lorsque l’aurore républicaine a lui : Je l’ai salué avec enthousiasme : mais je le dis, avec douleur, les résultats n’ont pas répondu à nos espérances : le peuple ne connait encore, de la République, que l’impôt écrasant des quarante-cinq centimes. Cependant ma foi ne s’est point attiédie ; la république triomphera, et Dieu veuille que, pour son triomphe, nous n’ayons à livrer que des combats de tribune ! Je ne puis m’empêcher d’appréhender des luttes plus terribles. C’est au milieu de ces circonstances, c’est alors qu’un avenir peu éloigné de nous, est peut-être de gros orages, que je viens, non pas solliciter vos suffrages, mais m’offrir à eux, pour vous représenter à l’Assemblée Nationale. Ma candidature est tout de dévouement, car mon Election entrainerait immédiatement l’abandon de mon emploi. Pour ceux qui me connaissent, je n’ai pas besoin de déclaration de principes ; pour ceux qui ne me connaissent pas, voici mon programme hors duquel je ne comprends pas la République : L’unité de pouvoir ; La distinction des fonctions ; La liberté de pensée ; La liberté de réunion et d’association ; L’éducation gratuite à tous les degrés ; La révision des lois sur le service militaire ; L’abolition immédiate des impôts qui frappent les objets de premières nécessités, comme le sel, les boissons, etc. La réforme de l’impôt foncier, des octrois et des patentes ; L’établissement de l’impôt progressif sur le revenu net ; Le rachat par l’Etat, des chemins de Fer, des Canaux, des Mines, etc. La réforme administrative, judiciaire et pénale ; la justice gratuite, c’est-à-dire la simplification des formes et la réduction des frais ; Le droit au travail ; Le crédit et les banques hypothécaires.
Salut et fraternité.
André AILHAUD (de Volx)
GARDE GENERAL »
Profession de foi d’André Ailhaud, Candidat à la députation, Décembre 1848″








