Qu’est-ce qu’un « islam modéré » ?

28 novembre 2011

Je vous invite à lire ce très intéressant article de Joseph Confavreux sur le site Mediapart : c’est ici.

Extrait : « Plutôt que de chercher un label de «modération», le vrai critère serait de se demander, explique Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po et spécialiste de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, «si ces partis reconnaissent toute la légitimité du système démocratique et sont prêts à jouer le jeu politique sans avoir l’intention d’en changer les règles. En Tunisie, Ennahda me semble avoir été très clair, là-dessus, sauf à leur faire un procès d’intention. Les écrits de Ghannouchi à ce sujet remontent à de nombreuses années, il ne s’est pas converti à la démocratie après la révolution. Les Frères musulmans, en Egypte, sont plus tiraillés et ne disposent pas d’un tel travail idéologique. Mais ils s’opposent aux salafistes, pour qui la démocratie est une impiété, et affirment que le système démocratique est celui qui s’approche le plus de l’Islam. Par rapport à Ennahda, ils cultivent l’ambiguïté, peut-être pour ratisser plus large. Mais je pense qu’ils ne pourront échapper au mouvement de l’histoire».« 

(…) « En Iran, un parti se revendiquant de l’islam avait fait, en 1979, alliance avec des forces progressistes et marquées à gauche. Avant de les liquider deux ans plus tard. La référence est-elle encore pertinente, si l’on regarde l’alliance qui dirige la nouvelle Tunisie ? «Pas du tout, juge Olivier Roy. La route est cahoteuse, mais nous sommes face à un processus historique irréversible. La culture du « guide » est finie. Tout le monde veut des élections et le pluripartisme. Avant les élections en Tunisie, tous les journaux français nous expliquaient que les gens n’iraient pas voter, alors que le taux de participation a été nettement supérieur à ce qu’il est dans les pays occidentaux ! C’est toujours cette vieille idée que la démocratie n’est pas faite pour ces gens-là. Mais il y a un changement de génération qui modifie en profondeur la société, comme l’avaient déjà montré des démographes comme Philippe Fargues ou Emmanuel Todd. En quelques années, les trois grands paradigmes que sont la culture politique, la dimension socio-démographique et la pratique religieuse ont été bouleversés. On ne peut donc plus penser avec les cadres de pensée d’il y a trente ans.»« 

« Ahmad Harara, héros tragique de la révolution égyptienne »

24 novembre 2011

Je vous invite à lire cet intéressant article sur le blog de la journaliste Hélène Sallon, du Monde : c’est ici.

Danielle Mitterrand

23 novembre 2011

Je me rappelle de Danielle Mitterrand qui, infatigable, militait avec le sourire. C’est une leçon. Lorsque François Mitterrand était président de la République, elle veillait à ne pas être une femme d’influence ni un ministre des Affaires étrangères bis, mais ne lâchait rien. Sa façon de répondre aux courriers à l’Élysée était la preuve de sa conviction : elle écrivait scrupuleusement et refusé les formules toutes faites.

Entre Danielle et François Mitterrand, il y avait un grand respect, une grande affection, elle l’accompagnait peu dans les voyages officiels car elle détestait le protocole, mais entre elle et lui il y avait quelque chose que je n’hésite pas à appeler de l’amour.

Danielle Mitterrand s’était aussi prise d’affection pour Mazarine, la fille du président et d’Anne Pingeot, au point d’insister pour qu’elle intègre le conseil d’administration de l’Institut François Mitterrand.

Vous pouvez également visionner ma réaction sur iTELE en cliquant ici.

Marine Le Pen…

21 novembre 2011

Je vous invite à lire le décryptage du programme de Marine Le Pen réalisé sur le site de rue89. On le sait, le FN surfe sur « l’insécurisation » physique, économique et sociale et sur le « diktat du marché ».
Mais les réponses de la candidate frontiste sont évidemment dangereuses : en plus d’être xénophobes et liberticides, elles sont ravageuses pour les classes populaires et moyennes pourtant ciblées.
La gauche doit donc répondre efficacement à la fois à la demande de protections et à la question démocratique (je vous renvoie vers mon essai à la fondation Jean Jaurès, « 2012, la démocratie jusqu’au bout« ).

Pour lire l’article de rue89, cliquez ici.

Et pour aller plus loin, vous pouvez lire l’article de Médiapart sur le FN et les classes populaires en cliquant ici.

Deuxième génération

19 novembre 2011

On sait les très grandes difficultés que rencontrent les oppositions en Russie: pourtant des hommes et des femmes se battent, élus, militants des droits de l’Homme ou de l’écologie, chanteurs, écrivains…

C’est l’occasion de voir deux destins croisés, celui de deux « héritières ».

D’un côté Maria Gaïdar, arrière petite file de l’écrivain Arkadi Gaïdar et fille de l’économiste libéral qui a théorisé le passage brutal à l’économie de marché et aux privatisations, Egor Gaïdar. Elle fait partie de l’Union des forces de droite, lutte contre la corruption, la montée des violences xénopobes, pour la liberté d’expression. Elle est aujourd’hui vice-gouverneur d’opposition de la région de Kirov.

De l’autre côté, Xenia Sobtchak, fille de l’ancien maire de Leningrad, Anatoli Sobtchak, grande figure des années Eltsine, incarnant, au début (…), la démocratie et la liberté. Mais c’est lui qui a formé, entre autres, Poutine et Medvedev. Xenia Sobtchak est « jet-setteuse », une sorte de Paris Hilton russe…

Ce qui change dans la diplomatie internationale

14 novembre 2011

1) On se rappelle que l’intervention aérienne décidée par le Conseil de sécurité de l’ONU en Libye n’a été possible que parce que la Russie et la Chine n’ont pas fait usage de leur droit de veto, ce qui a constitué une surprise. Surprise d’autant plus grande que le texte de la résolution s’appuyait sur une sorte de droit d’ingérence quand un régime fait tirer sur son propre peuple, construction sympathique mais pas évidente. Or la Russie et la Chine détestent tout ce qui peut ressembler à de l’ingérence, c’est à dire à une « atteinte à la souveraineté ». Leur abstention s’explique sans doute par leur souci de jouer un rôle positif dans le nouvel ordre international qui s’esquisse (il y avait d’ailleurs eu initialement deux positions contradictoires entre Poutine et Medvedev).

2) Une nouvelle étape aussi  inattendue vient d’être franchie par la Ligue arabe, qui suspend la Syrie de l’organisation. La Ligue arabe avait tendance depuis très longtemps à se contenter de communiqués prudents et insipides. Ce résultat est dû à l’action du Qatar, dont la diplomatie est très active depuis quelques années, en dépit de sa toute petite taille. Le secrétaire général de la Ligue, qui a été pendant les derniers mois ministre des Affaires étrangères d’Égypte après la chute de Moubarak a aussi joué un rôle important.

Pourquoi rapprocher ces deux évènements ? Parce qu’ils sont l’un et l’autre inespérés et témoignent d’une évolution intéressante des postures et des rapports de force. Mais il reste un long chemin à parcourir pour que la « communauté internationale » mérite vraiment son nom.

« Viva la revolucion » ?

12 novembre 2011

Soutien remarqué au terroriste Carlos de la part d’Hugo Chavez :

« Indépendamment de ce pourquoi il est accusé, Illich a été  le digne héritier des plus grandes luttes menées pour la cause des peuples ».

Plan de rigueur : pas crédible et injuste

9 novembre 2011

Avec son nouveau plan de rigueur (de « 7 à 8 milliards d’euros environ »), la droite continue de cibler les classes moyennes et populaires et répartit (très) inéquitablement l’effort.

La revalorisation de la plupart des prestations sociales sera gelée à 1% pour 2012, indexée non plus sur l’inflation mais sur la croissance. La TVA à taux réduit (5.5%) sera relevée à 7% et le passage à l’âge légal de la retraite va être avancé d’une année. Dans le même temps, les niches fiscales ne seront réduites que de 2.6 milliards d’euros… d’ici 2016.

Au-delà du « bricolage » que constituent ces plans de rigueur successifs (après celui de Nicolas Sarkozy cet été), tout est fait pour épargner les plus riches, rien pour relancer l’économie. Comment oublier le nécessaire soutien à la croissance pour créer des emplois et engranger de nouvelles rentrées fiscales ?

Quant aux économies à faire, nous aurions pu récupérer 8 milliards d’euros (et même davantage) autrement !

- Supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires (destructrice d’emplois) : 4.5 milliards d’euros.

- Revenir sur les allégements d’ISF : environ 2 milliards d’euros.

- Revenir sur des niches fiscales improductives comme la niche « Copé » : au moins 2.5 milliards d’euros

George Papandreou : la roulette russe ou le poker ?

2 novembre 2011

1) « Mais quelle mouche l’a piqué ? » Par sa décision de soumettre le plan d’austérité à un referendum, le Premier Ministre grec déclenche la « panique sur les marché financiers et dans les capitales », alors que l’Europe se croyait « sauvée » (cf. mon article : « l’Europe en sursis »)… Le « décidément très mauvais élève grec » se voit convoqué par le couple de deux profs furieux, le « Merkozy ».

2) Pourquoi a-t-il pris cette décision ? Peut-être tout simplement parce qu’il n’en pouvait plus d’être vilipendé par une partie toujours croissante de son peuple. Peut-être parce qu’il voyait sa majorité lui filer entre les doigts. Peut-être parce qu’il préférait un referendum à des législatives qui semblaient perdues d’avance.

3) Mais sa décision n’est-elle pas légitime ? Qui a décrété que les peuples devaient subir sans être consultés ? Il aurait pu, et même dû le faire à un autre moment, c’est à dire plus tôt, c’est sûr.

4) Les bons esprits nous disent qu’il n’y pas d’alternative à ce plan d’austérité, sinon un plan encore plus dur. C’est le célèbre TINA de Margaret Thatcher (« there is no alternative »).

Et pourtant… si la solidarité européenne avait été immédiate et sans faille, si les banques avaient été remises au pas, croyez vous qu’on en serait là ?

Et d’ailleurs : pourquoi avoir laissé le gouvernement grec continuer de folles dépenses militaires (4,5% du PIB), comme si la Turquie ou la Macédoine risquaient d’attaquer la Grèce ?

Parce que Français et Allemands continuent à se battre pour vendre des frégates militaires à la Grèce, ce qui est une priorité qui ne vous a pas échappé ? Pourquoi avoir laissé l’Église orthodoxe à l’abri de ses 700 milliards d’euros de patrimoine non taxés ?

5) Les bons esprits nous disent : il faut que la Grèce sorte de l’euro (sous-entendu : « qu’elle arrête de nous enquiquiner »). Il aurait sans aucun doute mieux valu ne pas la laisser entrer en 2001 sur la base de comptes truqués. Mais si elle sort de l’euro, il y aura une terrible fuite de capitaux avant que la drachme ne soit réintroduite, puis une forte dévaluation, inévitable, d’où une perte supplémentaire de pouvoir d’achat par renchérissement des importations, et finalement une aggravation de la crise pour le peuple grec.

6) Et nous, alors ? Le front spéculatif se déplacera avec toute sa puissance sur l’Italie, l’Espagne, le Portugal… et peut-être la France. Les digues péniblement élaborées lors du dernier sommet européen permettront-elles de résister ?

Ce n’est pas sûr.

Nicolas Sarkozy : « ce n’est pas mon genre de dire que c’est la faute des autres »

28 octobre 2011

Et bien, si, justement.

Reprenons ses propos d’hier soir :

- La situation d’aujourd’hui, c’est la faute à « François Mitterrand qui a fixé la retraite à 60 ans ».
- La situation d’aujourd’hui, c’est la faute à « Lionel Jospin et son gouvernement qui ont mis en place les 35 heures ».

Une première, l’actuel président remet même la faute sur son possible successeur (!), François Hollande, et l’accuse de vouloir vider les caisses de l’État avec sa proposition de « recréer 60 000 postes d’enseignants »…

Bien sûr, le chef de l’État n’a pas dit un mot sur les cadeaux fiscaux, sur l’absence de contrôle des banques, sur les propositions du PS pour sortir de la crise et sur les politiques d’austérité imposées toujours aux mêmes.

En réalité, Nicolas Sarkozy semble oublier que la droite est au pouvoir depuis 10 ans.


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