Archive pour la catégorie ‘Ouvrons le débat’

Le blog reprend !

mercredi 6 janvier 2016

Bonjour, le blog reprend !

Voici mes prochaines interventions médiatiques :

> Jeudi 7 janvier, de 19h à 20h20 : France Inter, « le téléphone sonne », Nicolas Demorand.

> Jeudi 7 janvier, de 12h10 à 12h30 : France Bleu (national).

> Vendredi 8 janvier, de 8h15 à 8h30 : LCI, Arlette Chabot.

> Vendredi 8 janvier, de 8h30 à 9h30 : LCP, « la matinale ».

> Vendredi 8 janvier, de 12h à 12h30 : Le Talk Orange Le Figaro.

> Vendredi 8 janvier, de 17h à 19h : France Culture, Catherine Duthu.

> Vendredi 8 janvier, 17h45 : France 5, « C dans l’air ».

> Vendredi 8 janvier, 19h30 : LCP, « ça vous regarde ».

> Vendredi 8 janvier, 22h40 : France 5, « C dans l’air ».

 Bien sûr, je ne suis pas doué d’ubiquité, beaucoup de mes interventions ont été enregistrées avant diffusion !

Mettons un terme à l’instrumentalisation de la laïcité

vendredi 21 novembre 2014

Retrouvez ci-dessous la tribune que j’ai cosignée avec Nicolas Cadène, link publiée sur l’Obs :

 

Le 21 octobre dernier, la ministre de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mme Najat Vallaud-Belkacem, a été auditionnée par l’Observatoire de la laïcité.

Cette instance a été installée le 8 avril 2013 par le président de la République. Elle est composée de personnalités diverses, d’élus de droite comme de gauche, et est indépendante dans la conduite de ses travaux.

Établissant un état des lieux du respect de la laïcité dans son secteur – qui, basé sur des faits objectifs et des remontées de terrain, apparaît éloigné de la situation « dramatisante » décrite par certains –, la ministre de l’Éducation a rappelé la règle concernant les parents accompagnateurs des sorties scolaires.

La participation des parents d’élèves est la règle

Celle-ci est claire et ne modifie en rien la ligne déjà définie par le Conseil d’État et le droit actuel : l’acceptation de la participation des parents d’élèves est la règle ; le refus de la participation des parents accompagnateurs portant un signe religieux est l’exception.

Cette règle repose sur l’analyse du comportement des parents d’élèves accompagnateurs, et non sur leur seule apparence. Si le comportement est prosélyte (par exemple, lors d’une visite dans un musée, en commentant un tableau de façon orientée), alors il sera fermement sanctionné. S’il n’y a aucun prosélytisme et si la sortie scolaire n’est pas perturbée, alors il n’y aura pas lieu de sanctionner.

Vouloir imposer une totale neutralité « d’apparence » va bien au-delà de la neutralité dans l’expression orale ou dans le comportement – exigée légitimement – vis-à-vis d’élèves. Jusqu’où faudrait-il aller ? Des vérifications sur la taille des habits ? Trop couvert… ou insuffisamment ? Où est ce qu’on commence et où est ce qu’on arrête ?

Les enfants sont entourés en permanence d’incitations diverses, à la surconsommation ou à une réussite matérielle flamboyante. La publicité ne se prive pas pour encourager les jeunes filles à ressembler à des femmes qui, à force de retouches, n’existent plus. Le champ des influences sociales est immense et il n’est pas exclusivement religieux.

Tout cela nous invite à nous interroger sur le sens profond de nos obsessions vis-à-vis de la neutralité : ne s’agirait-il pas plutôt d’un désir de « normalisation » sociale, très éloigné d’un idéal de laïcité ?

La laïcité, un principe qui permet le vivre ensemble

L’Observatoire de la laïcité le constate tous les jours : la méconnaissance entourant le principe de laïcité est considérable.

Dans notre société à vif, certains semblent penser que la laïcité a le devoir de résoudre tous les maux, y compris ceux qui supposent des politiques publiques ambitieuses en matière d’intégration, de mixité sociale, urbaine, scolaire et d’accès à la culture, seules véritablement efficaces contre les dérives communautaristes.

Non, la laïcité, ce n’est pas la neutralité de tous les citoyens, c’est au contraire la garantie donnée à chacun de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public. C’est de l’histoire de France que découle la laïcité. Une histoire traversée par des guerres de religions et des persécutions contre les protestants et les juifs qui nous rappelle combien la liberté de conscience garantie par la laïcité est un formidable acquis de la République.

La laïcité ne suppose la neutralité que des représentants de l’administration (fonctionnaires ou assimilés) pour garantir leur impartialité, en particulier dans le service rendu aux usagers des services publics, quelles que soient les convictions politiques, philosophiques ou religieuses de ces usagers.

La laïcité, ce n’est pas une conviction ou une opinion mais le cadre qui les autorise toutes. C’est un principe qui permet le vivre ensemble : que l’on soit croyant ou non, on est laïque en ce sens où on accepte que chacun croit ou ne croit pas, l’exprime ou ne l’exprime pas.

La loi du 9 décembre 1905 a déjà tranché

Cessons les pressions encourageant les « lois d’émotion » (dont la France a toujours été malheureusement experte) et rappelons que la loi du 9 décembre 1905, dont découle pour l’essentiel notre laïcité, a déjà tranché ce débat entre les partisans d’une laïcité qui combattrait les religions et interdirait le port de tout signe religieux, et ceux de la laïcité telle que défendue par Aristide Briand, qui sépare l’État des organisations religieuses tout en garantissant le vivre ensemble quelques soient les opinions ou croyances de chacun.

Maurice Allard, Charles Chabert ou Émile Combes – par ailleurs principal opposant de l’époque au droit de vote des femmes –, défenseurs de cette « laïcité de combat », avaient ainsi exigé l’interdiction du port des vêtements religieux dans la rue (à l’époque : soutane des clercs, foulard des nonnes, etc.).

Aristide Briand, « père » de la laïcité française, y avait répondu très fermement, en estimant qu’il s’agirait d’une inacceptable atteinte à la liberté de conscience et qu’une telle disposition exposerait au « ridicule » en voulant par « une loi de liberté » imposer une « obligation de modifier la coupe des vêtements ».

 

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

Laïcité : pourquoi Najat Vallaud-Belkacem a raison

vendredi 21 novembre 2014

Retrouvez ci-dessous la tribune que j’ai cosignée avec Nicolas Cadène, pharm publiée sur Marianne :

Par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène *

Demonstration For The Right Of Veiled Parents - ParisEn conclusion de sa tribune à laquelle nous réagissons aujourd’hui, Alban Ketelbuters, doctorant à l’université de Montréal, cite une essayiste célèbre pour évoquer une « laïcité défensive ».

Nous lui rétorquons que la laïcité n’a pas à être adjectivée. Elle n’a pas à être « défensive » pas plus qu’elle ne doit être de « combat », comme l’a très justement rappelé Najat Vallaud-Belkacem lors de son audition devant l’Observatoire de la laïcité.

La laïcité n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect des principes de liberté de conscience et d’égalité des droits. C’est pourquoi, elle n’est ni pro, ni antireligieuse. L’adhésion à une foi ou à une conviction philosophique relève ainsi de la seule liberté de conscience de chaque femme et de chaque homme.

Une des missions de l’Observatoire de la laïcité consiste bien à défendre la laïcité. Tout court. C’est-à-dire, la liberté de croire ou de ne pas croire, et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public et de la liberté d’autrui. Également, la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. Cette séparation « des Eglises et de l’Etat » implique que l’Etat ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie, aucun culte et, par suite, ne se mêle pas du fonctionnement des Eglises. De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités et des services publics, mais pas celle des citoyens. La France, République laïque, « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Le service public ne peut donc montrer une préférence, ou faire preuve d’une attitude discriminatoire, selon l’appartenance ou la non-appartenance religieuse, réelle ou présumée, de ses usagers.

Cette définition de la laïcité découle de la loi du 9 décembre 1905, dont nous souhaitons d’ailleurs voir commémorer chaque année l’anniversaire, à travers des animations interactives. Elle est un principe majeur du vivre ensemble et suppose le refus de son instrumentalisation à des fins stigmatisantes.

Monsieur Ketelbuters, votre obsession sur le foulard et le monde arabe est contestable. On peut être troublé par certains vêtements, certains peuvent mêmes les considérer, comme vous, comme un « étendard de la domination masculine ». Mais il s’agit d’une opinion parmi d’autres. Les femmes concernées pourront vous dire l’inverse, vous expliquer chacune ce qui motive le port du voile. Quelle serait votre position sur un papa portant une kippa pour accompagner sa fille ou un sikh portant un turban pour accompagner ses jumeaux au musée ? N’y aurait-il pas une pointe de sexisme paternaliste dans votre manière de prendre la défense des femmes ? Chacun de ses individus a une raison de le faire, ce n’est justement pas à l’Etat laïque de juger de la pertinence de cette raison.

En effet, le respect de la laïcité ne suppose pas de se concentrer sur la seule apparence. D’une part, cela serait une porte ouverte aux discriminations, d’autre part, nous ne saurions où placer le curseur. Jusqu’à quel point une femme (puisqu’il s’agit des femmes dans votre texte) peut être vêtue ou dévêtue ? Aristide Briand, « père » de la laïcité française, le disait déjà en 1905 : il serait « ridicule, que de vouloir par une loi (…) de liberté, imposer (…) l’obligation de modifier la coupe des vêtements ».

Monsieur Ketelbuters, vous parlez d’une norme sociale que vous voudriez voir mise en place, pas de la laïcité. Rêvez-vous d’un monde où tout le monde s’habillerait selon la modernité validée par on ne sait qui, avec des jupes dont la longueur convient à la femme libérée et des coiffes proclamant l’insoumission ?

Le respect de la laïcité suppose en revanche de se concentrer sur les comportements agressifs ou les pressions religieuses qui peuvent être exercées ici ou là. Ce sont ces comportements qui doivent être fermement refusés et sanctionnés.

Monsieur Ketelbuters, connaissez-vous vraiment la réalité de terrain ? Vous énumérez les éternels mêmes exemples bien connus, mais en quoi sont-ils le reflet de la réalité ? Quels sont les chiffres et quels sont les données objectives ? Nous n’en saurons rien car vous préférez impressionner par l’anecdote plutôt qu’éclairer par la statistique.

Pour cause, la réalité est toute autre. Notre première tâche a été de réaliser un état des lieux le plus objectif et impartial possible, à partir des remontées d’associations privées, des administrations concernées et des acteurs de terrain. Et il nous a surpris nous-mêmes tant il diverge d’un certain traitement médiatique.

Mais, à l’inverse de ce qu’affirme de façon péremptoire Monsieur Ketelbuters, si nous considérons que la France « n’a pas de problème avec sa laïcité » parce que ce principe est partagé par la quasi-totalité des citoyens, ni l’Observatoire de la laïcité ni même son président n’a dit qu’il n’y avait « pas de problème ».

Il y en a et il faut y répondre fermement. Ils sont peut-être plus visibles qu’auparavant, parfois plus violents, plus « explosifs » et soumis à une plus forte médiatisation, via les chaînes d’informations en continue, Internet, les réseaux sociaux, etc. Mais ils sont finalement assez rares et dans la quasi-totalité des cas, se règlent par le dialogue et le simple bon sens.

Bien sûr, dans un but de « clientélisme électoral » inavoué, afin de justifier les peurs qu’ils voudraient voir partager ou, même, de maquiller leur racisme en noble cause, certains, en particulier à l’extrême droite, prennent le risque d’alimenter ou d’encourager par la pression constante ou la stigmatisation permanente l’apparition de nouveaux problèmes. Ils réécrivent les faits ou mélangent les genres et procèdent à la mise en scène de leurs prophéties. Ils font souvent peu de cas de la rigueur, saturent l’espace de leur présence, réussissant la prouesse d’imposer dans l’espace commun une idée du réel qui n’existe pas, ou peu. Les récents sondages sur la perception du poids des musulmans en France ou sur la réalité du communautarisme en ont donné un aperçu inquiétant.

Nous pensons à l’inverse que, collectivement et en particulier les élus, les acteurs de terrain et les médias, nous devons être responsables dans nos actions et dans nos déclarations.

C’est pourquoi nous vous appelons, non pas à l’exacerbation des problèmes, mais à la recherche de solutions aux problèmes réels qui se posent sur le terrain.

Nous vous invitons donc, Monsieur Ketelbuters, à lire nos premiers travaux, nombreux et tous adoptés à l’unanimité des membres de l’Observatoire (sauf un, adopté à une très large majorité).

Vous pourrez ainsi découvrir nos « guides pratiques » rappelant le droit et ce que la laïcité permet et ce qu’elle interdit. Vous ne les mentionnez pas, pourtant, ces guides sont très bien reçus et utilisés par les acteurs de terrain, dans le secteur socio-éducatif, dans les collectivités locales, et même dans les entreprises privées.

À l’Observatoire de la laïcité, nous cherchons des solutions. Nous refusons donc d’alimenter une polémique stérile et dépassée sur les adjectifs qu’il faudrait associer à la laïcité, qui pour nous se suffit à elle-même.

*Jean-Louis Bianco est président de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre et Nicolas Cadène en est le Rapporteur général.

Socialiste!Sur la laïcité, un débat législatif risque d’être très dangereux

mercredi 18 juin 2014

Retrouvez ci-dessous mon interview paru lundi dans Libération :

INTERVIEW

Pour Jean-Louis Bianco, click président de l’Observatoire de la laïcité, une nouvelle loi n’est pas nécessaire, alors que la Cour de cassation doit se prononcer dans l’affaire Baby Loup.

L’an dernier, un arrêt de la Cour de cassation créait la polémique en donnant raison à une salariée licenciée parce qu’elle portait un voile islamique contre son employeur, la crèche Baby Loup de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, sortait de son rôle en critiquant ouvertement la décision de justice. Et le président de la République posait la question de la nécessité de légiférer sur la laïcité en entreprise. En avril 2013, il mettait en place un Observatoire de la laïcité. Un an plus tard, et alors que s’ouvre ce lundi devant la Cour de cassation un nouvel épisode dans l’affaire de la crèche Baby Loup, Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité, répond à nos questions.

Après l’arrêt de la Cour de cassation, François Hollande avait laissé entendre qu’une loi pourrait régler ce genre de problème. Dans l’avis que vous avez rendu, vous dites que ce n’est pas nécessaire. Pourquoi ?

Il y a selon nous deux solutions : la première s’appuie sur le règlement intérieur. Il n’est pas du tout impossible dans une activité comme celle-ci d’apporter par un règlement intérieur des limites à l’expression religieuse. Simplement, il faut le justifier précisément. Deuxième solution, plus sûre sur le plan juridique, c’est la délégation de service public. La crèche Baby Loup est financée à 80% par fonds publics, il y a donc une logique à être conventionné. Or, lorsqu’on est en délégation de service public, on est, comme dans le service public, soumis aux obligations de neutralité. La question du foulard ne se pose donc plus, tout signe religieux étant alors interdit. La crèche Baby Loup n’a pas voulu de cette solution. Mais elle existe. Nous estimons donc qu’une loi n’est pas nécessaire.

L’affaire Baby Loup était-elle le bon angle pour poser un débat sur la laïcité ?

Je ne suis pas sûr. C’est devenu très emblématique, avec des positions très engagées d’un côté comme de l’autre. Et on en a fait l’emblème d’un combat pour la laïcité alors que la réalité de l’histoire est plus complexe. C’était un terrain hyper-conflictuel, hyper-médiatisé, hyper-symbolisé avec une émotion particulière et légitime liée au travail exceptionnel que fait cette crèche. L’affaire Baby Loup est très particulière. Car, dans la jurisprudence des tribunaux prud’homaux, dans celle des tribunaux administratifs, du Conseil d’Etat, il n’y a pas ces contradictions… Les réponses y sont, au contraire, convergentes et très précises.

Le plus fervent défenseur d’une loi était le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Il est aujourd’hui Premier ministre, est-ce que cela ne vous met pas dans une position difficile ?

Nous n’en avons pas parlé depuis qu’il est Premier ministre. On verra bien, mais nous avons toujours eu des conversations très libres. Et je note aussi qu’il avait dit que ce serait une erreur grave de considérer la laïcité comme une citadelle assiégée. Le gouvernement et le Parlement prendront les décisions qu’ils voudront. Mais s’ils estiment une loi nécessaire, nous recommanderons que l’on prenne le temps. Notre pays est terriblement tendu, il y a de l’agressivité, du désespoir, de la haine. Nous pensons qu’un débat législatif risque d’être très dangereux.

Dans votre premier rapport annuel, vous dites qu’il n’y a pas beaucoup de problèmes, mais on constate l’émergence de difficultés très localisées et issues de franges radicalisées…

Il n’y a pas autant de soucis que cela autour de la laïcité. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes nouveaux. Il y a des demandes de type nourriture, congés, soins… Certaines faites de bonne foi, d’autres constituant une offensive délibérée contre la République. C’est là qu’il faut dire non. Ce que l’on constate, c’est un développement du communautarisme.

A partir de quand est-il attentatoire à la liberté d’autrui ou à l’ordre public ?

Ce n’est pas parce qu’une femme porte le foulard qu’elle est intégriste, radicale, antilaïque ou antirépublicaine. D’une manière générale, il faut que l’on comprenne mieux le phénomène. Et la réponse n’est pas forcément la laïcité. Il y a des problèmes de ségrégation, de discrimination, de racisme, d’intégration… Le texte qui fonde le principe de laïcité en France date de 1905, une époque où le catholicisme était ultramajoritaire.

Ce texte est-il adapté à la société actuelle ?

La loi a évolué dans le temps, même si l’on reste dans les principes de 1905. La réponse de l’Observatoire est que les principes qu’exprime la loi – liberté de croire ou de ne pas croire, neutralité absolue du service public, séparation des Églises et de l’Etat – nous paraissent être les bons principes. Plus que jamais dans une société compliquée, diversifiée, fragmentée. Simplement, il faut faire vivre ces principes, et faire un gigantesque effort d’information, de formation et de promotion de la laïcité.

Recueilli par Alice Géraud

Quelqu'un m'a ditLaïcité

lundi 18 novembre 2013

Au moment où l’on débat beaucoup de la laïcité, voici le texte d’une belle lettre engagée, par le maire d’Échirolles voici quelques années :

« Madame,

Je vous remercie de votre courrier qui soulève une question très importante : celle du combat pour la laïcité, qui est et doit rester le socle inébranlable de notre République. Vous le savez, j’en suis un ardent défenseur et je partage donc complètement vos positions sur le sujet.

Mais la laïcité n’est ni un acquis définitif, ni donné à chacun de nous à la naissance. Elle est le fruit d’un modèle culturel dans lequel nous baignons dès notre enfance et qui nous fait adhérer à ses valeurs. Au-delà de cette éducation, nous en mesurons en grandissant et dans la pratique tous les effets bénéfiques, ceux qui nous protègent de l’intransigeance, qui permettent aux hommes et aux femmes de garder leur libre arbitre, aux peuples d’échapper à certaines guerres.

La laïcité n’est jamais un acquis définitif et le combat pour sa protection et son développement doit être quotidien et vigilant.

Que faire alors de ces Français, venus d’ailleurs, imprégnés d’autres cultures et traditions et qui n’ont pas eu la chance d’être les héritiers de 1789, et bien plus tard de la loi 1905. 111 ans pour convaincre le peuple de France du bien fondé de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Certains d’entre eux ne veulent pas en entendre parler et préfèrent rester dans leur approche religieuse de la société, voire se radicalisent.

D’autres commencent à « s’ouvrir », font les pas qu’ont eu à faire nos grands-pères, en France comme dans le reste de l’Europe pour enfin adhérer à ces valeurs.

D’autres enfin s’engagent davantage pour revendiquer le droit de vivre dans une République laïque (même en restant croyants par ailleurs), ils mesurent la liberté qui s’ouvrent ainsi à eux, celle que certains de leurs ancêtres avaient pu déjà connaître dans une période trop éphémère de l’Andalousie musulmane et éclairée.

Ils font ce chemin, agissent auprès de nous, militent dans les associations et confortent leur confiance en notre modèle laïque.

Besma Mechta est de ceux-là. Elle est engagée depuis plusieurs années dans la vie associative. Elle est très investie dans Cité Plurielle. Elle a rejoint enfin le groupe communiste et partenaires de la ville. Elle est par ailleurs écrivain public à titre bénévole.

Elle se présente dans tous ses engagements comme une militante laïque, renvoyant à la sphère privée sa pratique religieuse.

Pour tous ceux et celles qui hésitent encore, qui attendent un signe de nos institutions pour conforter leur choix, elle est un symbole. Pas celui d’un retour en arrière, mais bien celui d’un pas en avant. Elle montre qu’on peut être laïque et musulmane. Elle doit servir d’exemple, pour ouvrir la porte à tous les autres. Si nous ne le faisons pas, nous renverrons des millions de musulmans à un repli identitaire et communautaire. En le faisant, nous leur offrons un autre modèle identitaire qui les respecte et leur permet d’avancer. Sans jamais renier notre engagement laïc, toujours clairement affirmé.

Alors certes, il lui reste un turban sur la tête et non pas un voile, cet espèce de « fichu » ou de foulard que portaient encore nos grands-mères il n’y a pas si longtemps…par tradition. Laissons le tomber tout seul. Demain, j’en suis convaincu, beaucoup d’autres nous rejoindront pour s’intégrer enfin comme français laïcs, croyants ou non. La laïcité aura alors gagné une nouvelle victoire.

Quant à l’aspect plus politique de votre courrier, je voudrais vous faire part des réflexions suivantes.

Depuis 30 ans que la gauche dans son ensemble prône l’intégration des personnes d’origine étrangères (sans avoir par ailleurs tenu ses promesses notamment celle du droit de vote aux élections locales) avez-vous constaté une baisse du communautarisme et un repli du fait religieux de cette population ? Non, c’est le contraire qui s’est passé, faute pour cette population d’être acceptée à participer à notre république.

C’est sur ce terrain de la non intégration, et de la discrimination à l’emploi, sociale, et politique dont souffre cette population, qu’ont prospéré les idées rétrogrades, le repli identitaire et religieux, et que la condition des femmes et des jeunes filles s’est dégradée.

Pour « soulager » les populations du poids religieux, quelle est votre proposition ? et à qui s’adresse-t-elle ? Aux seuls musulmans ou aussi aux autres religions comme la religion catholique par exemple ?

Cette dernière est toujours contre l’IVG, la contraception ou le divorce. Leurs représentants sont pourtant présents à tous les postes de notre république dans les assemblées d’élus nationales ou locales. Alors certes ça ne se voit pas, les femmes ne couvrent plus leurs cheveux comme le faisaient avant leurs mères ou leurs grands-mères.

Pour les musulmans la solution serait simple et hypocrite jusqu’au bout, ne choisir que des hommes qui eux n’ont pas de couvre-chefs traditionnels. Une bonne façon sans doute d’améliorer la condition des femmes.

Pensez-vous vraiment que c’est en continuant à exclure les personnes qui font le pas de la laïcité que nous permettrons à la laïcité d’avancer.

Nous autres occidentaux nous sommes prompt à donner des leçons de démocratie et d’émancipation aux autres peuples de la terre, sans que ne nous effleure jamais l’idée du temps qu’il nous a fallu pour y parvenir, et que nous ne leur reconnaissons pas, l’idée que peut-être il leur appartenait de tracer eux-mêmes leur chemin pour y parvenir.Gardons toujours à l’esprit comment « notre modèle de développement » a finalement affamé l’Afrique et favorisé par la même, la radicalisation des religions dans certains pays.

Je ne dirais jamais de Benhazir Bhutto qui continuait à porter le voile en certaines circonstances qu’elle était un symbole de l’oppression des femmes ; ni des militantes Marocaines, Tunisiennes, Algériennes ou d’Afrique noire plus généralement du droit des femmes qu’elles sont traîtres à leur cause parce qu’elles continuent à respecter certaines traditions tout en poursuivant leur combat.

Continuons d’exiger un 20 sur 20 à notre examen de laïcité, et continuons à faire avancer le fait religieux. La laïcité n’est pas un dogme, c’est un combat ! Je crois que vous le partagez.

Aussi, en évitant toute confusion, je vous invite à aider ceux qui s’engagent sur ce chemin et qui serviront de modèles aux autres, plutôt que de les stigmatiser.

Le jour où faute d’avoir réussi cette ouverture et cette intégration nous ne serons plus qu’un « village d’irréductibles gaulois » gardiens du dogme, peut-être serons-nous restés purs et durs et fiers de l’être, mais notre monde aura fait un grand pas en arrière. 

Renzo SULLI, Maire d’Échirolles »

Quelqu'un m'a ditMesdames et Messieurs les journalistes, bravo!

mardi 5 juin 2012

On dit, comme pour l’élection présidentielle, que la campagne n’intéresse personne.

C’est peut-être vrai. Peut-être y a t’il une lassitude ? Mais la manière de traiter l’information y contribue surement.

Ce matin, quels sont les sujets des éditos sur les différentes radios ?

– Le plus fréquent, la photo du Président de la République.

– Les nouveaux bureaux de Nicolas Sarkozy (avec 7 personnes payées par le contribuable !)

– Bilan d’un mois de présidence : « il n’y a pas eu d’erreur de com »

– Interview de Marine Le Pen : « Qu’est ce que vous pensez des propos de Jean-LucMélenchon ? Qu’est ce que vous pensez du nombre de circonscriptions où le FN pourrase maintenir ? Qu’est ce que vous pensez de la rencontre de Jean-Marc Ayrault avec lespartenaires sociaux … »

Bref, aucun, absolument aucun élément de fond.

On réduit la politique à un commentaire de courses de chevaux ou à l’anecdote superficielle.

Ne trouvez vous pas que ça mérite réflexion ?

Socialiste!Quel partage sur Internet ?

vendredi 20 janvier 2012

Le site de partage de fichiers sur Internet, Megaupload, 13e site le plus visité au monde, a donc été fermé par le FBI, 7 personnes employées risquent jusqu’à 60 ans de prison, 20 mandats ont été délivrés.

Ce site (il en existe de nombreux similaires, déjà largement utilisés) est basé à Hong-Kong mais possède également des serveurs aux États-Unis et dans d’autres États. On se prend à rêver d’une telle efficacité de collaboration judiciaire (surprenante et qui questionne) entre pays pour des motifs autrement plus graves…

Rappelons que Megaupload (dont les créateurs ne sont visiblement pas exempts de critiques) permettait à un internaute de mettre en ligne n’importe quel type de fichier dans la limite de 1 Go. Certains fichiers étaient des copies de films (qui pouvaient donc se diffuser massivement), mais cela n’était théoriquement pas de la responsabilité de Megaupload qui n’était qu’un hébergeur.

Néanmoins, ce site pourrait avoir marchandé des biens (fichiers vidéos/films en particulier) qui ne lui appartenaient pas, ce qui est évidemment condamnable en droit. Mais comme le rappelle La  Quadrature du Net, si « les énormes profits engrangés par Megaupload grâce à une centralisation des œuvres soumises au droit d’auteur sont difficilement défendables », on constate, et c’est riche en enseignements, qu’après « avoir promu une législation qui a encouragé le développement des sites centralisés, les lobbies du copyright leur déclarent aujourd’hui la guerre ».

Hasard du calendrier, tout cela se fait dans le contexte de l’examen au Congrès américain de la loi SOPA (Stop Online Piracy Act), considérée par de très nombreuses associations et internautes comme liberticide et dangereuse pour l’Internet libre. Cette loi va encore plus loin que le dispositif Hadopi et la Maison Blanche a d’ailleurs transmis un communiqué très critique à son égard :

« Même si nous pensons que le piratage depuis des sites étrangers est un problème sérieux qui appelle une réponse législative sérieusenous ne soutiendrons pas une législation qui réduit la liberté d’expression, amplifie les risques dans le domaine de la cyber-sécurité ou sape un Internet dynamique et innovant. »

Pour s’opposer à ce texte législatif, de très nombreux sites, parmi les plus visités au monde, ont fait un impressionnant « black out » le 18 janvier dernier. Ainsi, volontairement, certains plateformes de blogs ne fonctionnaient plus, Google était en noir en signe de deuil, Wikipedia en anglais, un des 10 sites les plus visités au monde, était totalement fermé avec pour seul titre accessible : « Imagine a World Without Free Knowledge ».

Hier, la réaction (prévisible) à la fermeture de Megaupload a été immédiate : des internautes du célèbre collectif Anonymous ont bloqué l’accès à des sites phares comme justice.gov, fbi.gov, hadopi.fr ou encore universalmusic.com (puisque ces mesures de rétorsions sont considérés en partie comme la conséquence du lobbying de l’industrie musical et du film).

Aujourd’hui, le site Numerama écrivait : « Le droit d’auteur ne peut être respecté par l’oppression et la contrainte. Il doit l’être par l’acceptation. C’est tout l’enjeu des années qui viennent. Depuis 10 ans chaque « victoire » contre le piratage n’a fait que générer du piratage plus efficace encore. Rien ne dit ce soir que Megaupload fera exception. Nous faisons même le pari du contraire. »

Ce matin, Nicolas Sarkozy s’est félicité de la fermeture de Megaupload par voie de communiqué. Il est pourtant très rare qu’un chef d’État applaudisse une opération de police d’un autre État et se réjouisse d’une affaire judiciaire étrangère. Comme le rappellent Numerama et Frédéric Martel sur son blog, on note que, dans ce communiqué, le président français ne respecte pas la présomption d’innocence (à l’inverse du communiqués des autorités américaines) et commet une erreur notable de qualification juridique : en France, la contrefaçon n’est pas un crime mais un délit. Surtout, Nicolas Sarkozy en profite pour appeler à renforcer l’Hadopi pourtant largement considéré comme un échec.

À l’inverse, hier à Nantes, François Hollande a appelé avec raison à la suppression de la loi Hadopi et à son remplacement par un texte équilibré maintenant des possibilités d’accès à la culture sur Internet et respectant les auteurs / créateurs et leurs droits.

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

Quelqu'un m'a ditQu’est-ce qu’un « islam modéré » ?

lundi 28 novembre 2011

Je vous invite à lire ce très intéressant article de Joseph Confavreux sur le site Mediapart : c’est ici.

Extrait : « Plutôt que de chercher un label de «modération», le vrai critère serait de se demander, explique Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po et spécialiste de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, «si ces partis reconnaissent toute la légitimité du système démocratique et sont prêts à jouer le jeu politique sans avoir l’intention d’en changer les règles. En Tunisie, Ennahda me semble avoir été très clair, là-dessus, sauf à leur faire un procès d’intention. Les écrits de Ghannouchi à ce sujet remontent à de nombreuses années, il ne s’est pas converti à la démocratie après la révolution. Les Frères musulmans, en Egypte, sont plus tiraillés et ne disposent pas d’un tel travail idéologique. Mais ils s’opposent aux salafistes, pour qui la démocratie est une impiété, et affirment que le système démocratique est celui qui s’approche le plus de l’Islam. Par rapport à Ennahda, ils cultivent l’ambiguïté, peut-être pour ratisser plus large. Mais je pense qu’ils ne pourront échapper au mouvement de l’histoire».« 

(…) « En Iran, un parti se revendiquant de l’islam avait fait, en 1979, alliance avec des forces progressistes et marquées à gauche. Avant de les liquider deux ans plus tard. La référence est-elle encore pertinente, si l’on regarde l’alliance qui dirige la nouvelle Tunisie ? «Pas du tout, juge Olivier Roy. La route est cahoteuse, mais nous sommes face à un processus historique irréversible. La culture du « guide » est finie. Tout le monde veut des élections et le pluripartisme. Avant les élections en Tunisie, tous les journaux français nous expliquaient que les gens n’iraient pas voter, alors que le taux de participation a été nettement supérieur à ce qu’il est dans les pays occidentaux ! C’est toujours cette vieille idée que la démocratie n’est pas faite pour ces gens-là. Mais il y a un changement de génération qui modifie en profondeur la société, comme l’avaient déjà montré des démographes comme Philippe Fargues ou Emmanuel Todd. En quelques années, les trois grands paradigmes que sont la culture politique, la dimension socio-démographique et la pratique religieuse ont été bouleversés. On ne peut donc plus penser avec les cadres de pensée d’il y a trente ans.»« 

Socialiste!L’Iran à l’heure des révolutions arabes

jeudi 20 octobre 2011

On oublie parfois que le mouvement de protestation en Iran, ampoule « le mouvement vert » ou « révolte verte », cialis a précédé les révolutions arabes. Le vert, health couleur des descendants du prophète, a été choisie pour sa campagne par l’un des deux principaux candidats d’opposition, M. Moussavi. N’ayant pas le droit de coller des affiches, certains de ses partisans ont eu l’idée d’utiliser des vêtements et accessoires de couleur verte.

La réélection triomphale du président sortant Ahmadinejad le 12 juin 2009, a été le résultat d’une fraude massive. Dès le lendemain du scrutin, des milliers de personnes manifestent à Téhéran. La répression s’est alors immédiatement organisée, de façon extrêmement brutale et massive. Si les manifestations se sont étiolées au cours de l’été 2009 les opposants ont su utiliser des commémorations officielles, comme celle de l’Achoura – en mémoire de l’assassinat de l’imam Hussein – en décembre 2009.

Le point central qu’il faut avoir présent à l’esprit est que le combat est dès le début un combat autour de l’information. À l’origine du mouvement vert se trouve l’organisation par télévision nationale de véritables débats entre les candidats. Il semble que la télévision iranienne se soit crue obligée de procéder ainsi pour contrer l’influence de la BBC. Résultats : cet air de liberté a provoqué une participation électorale massive, de l’ordre de 85%, et une colère à la mesure de la fraude organisée par tous moyens en faveur de M. Ahmadinejad. Le mouvement vert, avant les révolutions arabes, s’est organisé également en recourant aux nouvelles technologies de l’information. En dépit du coût très élevé des connexions Internet et de l’absence de haut débit, l’Iran compterait aujourd’hui près de 29 millions d’internautes, soit 38% de la population.

Le mouvement vert – et là encore on peut y voir une certaine analogie avec les révolutions arabes – ne s’est pas organisé autour d’un leader reconnu. M. Moussavi était un pur produit du régime, il avait été premier ministre pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak et avait soutenu les violentes purges qui ont marqué cette période. Sa principale force fut en réalité sa défaite électorale. Le mouvement vert, comme les révolutions arabes, est disparate et porte des revendications diverses. Sans qu’on en ait la certitude, il est possible qu’une majorité des contestataires souhaite une solution démocratique à l’intérieur du système – ce qui apparaît évidemment aujourd’hui comme très peu probable. Le mouvement vert s’inscrit aussi dans une tradition politique forte, propre à la société iranienne : loges maçonniques au XIXéme siècle, révolution constitutionnaliste de 1906 – 1911, création du premier parti communiste au Moyen Orient en 1920.

La protestation a rassemblé dans la rue des millions d’Iraniens, de tous âges et de toutes conditions. Mais les étudiants et les femmes ont joué un rôle décisif. Il y a aujourd’hui près de 4 millions d’étudiants dans un pays de 70 millions d’habitants. Il existe plus de 2 200 universités, chaque ville, même située dans les provinces les plus reculées, en ayant une, ce qui permet à des jeunes, même issus des classes pauvres et moyennes, de suivre des études supérieures. À côté des aspects très traditionnalistes du régime, la société iranienne montre en même temps pour une part assez importante de sa population, des signes de modernité. La fécondité est passée de 6,2 enfants par femme à 2 en 2006. La population est scolarisée à 80%. L’omniprésence des femmes est caractéristique de la société actuelle : 60% des étudiants sont des étudiantes.

Face au printemps arabe, l’Iran a tenté un discours de récupération : il serait le triomphe de la révolution islamique. En réalité, c’est le mouvement vert qui a pu inspirer les révolutions arabes. Pour le régime iranien, les manifestations contre Bachar el – Assad seraient le résultat d’un complot étranger. Il ne faut pas oublier que pour l’Iran, la Syrie est le seul ami et allié fidèle – même si la Syrie aurait souhaité se dégager de cette amitié encombrante. Il n’y a aucun doute que l’Iran apporte une aide matérielle au pouvoir syrien dans son entreprise d’étouffement des mouvements de protestations. Par un effet retour, les révoltes arabes ont été l’occasion pour le mouvement vert d’une grande manifestation le 14 février 2011 « en solidarité avec les peuples tunisien et égyptien et contre le dictateur », alors qu’aucune grande manifestation n’était intervenue depuis décembre 2009. L’atmosphère créée par le printemps arabe a entraîné une certaine radicalisation. Pour la première fois, ce 14 février 2011, apparaît la revendication d’un renversement de régime et, nommément, du Guide suprême.

L’Iran ne peut espérer sortir gagnant des révolutions arabes. Certes, l’Egypte a fait depuis quelques mois des gestes qui témoignent d’une volonté d’ouverture. Mais le passage de l’Egypte dans le camp de l’Iran apparaît exclu, à la fois pour des raisons idéologiques et à cause des liens, toujours étroits, entre le Caire et Washington.