Archive pour octobre 2008

Quelqu'un m'a ditPaul Krugman, un « prix Nobel » intuitif et lucide

vendredi 31 octobre 2008

Dans son éditorial du début de la semaine, Paul Krugman a parlé de la crise que nous connaissant comme étant « la mère de toutes les crises ». Dans cette nouvelle tourmente, contrairement à la première vague qui avait frappé le crédit, c’est l’Europe de l’est – et ses banques – qui sont en première ligne, avec une exposition aux pays émergents qui se chiffre en trillions de dollars.

Paul Krugman mérite le prix qu’il a reçu. Lui qui s’opposait, un peu seul, aux thèses d’un précédent lauréat, Milton Friedman, monétariste partisan de la dérégulation et père des politiques économiques menées au Chili sous Pinochet et des années Reagan et Thatcher.

Néo-keynésien, Krugman est un des principaux auteurs de la nouvelle théorie du commerce international pour laquelle il a été récompensé.

L’économiste, né en 1957, avait vu venir la crise asiatique. Dans un monde où de nombreux économistes brillent le plus souvent par leur prévisions assénées avec autorités mais qui se révèlent rarement exactes, le fait est déjà assez rare pour mériter qu’on s’y arrête. Depuis qu’il signe, deux fois par semaine, une chronique dans le Wall Street Journal, il est aussi l’un des critiques les plus virulent contre la politique économique de Bush. Il ne cesse de dénoncer l’accroissement des inégalité de revenus.

Pour Krugman, réduire les impôts des plus riches et diminuer le rôle de l’État n’a pas permis à l’économie de croître plus. Au contraire, ces réductions ont affaibli les classes moyennes et l’économie des États. Krugman énonce que si les banques doivent être sauvées comme doivent l’être les institutions publiques, elles doivent alors être régulées comme celles-ci. Cette ligne nous apparaît comme étant la plus pertinente et Ségolène Royal a su faire toute une série de propositions en ce sens.

Par ailleurs, je vous invite à lire les intéressants articles du Figaro de ce jour sur les modèles des mathématiciens et leur utilisation dans la finance.

Brèves de Jogging« C’est pas la même taille »

jeudi 30 octobre 2008

"Y m’dégoûtent, y donnent même pas à manger aux pigeons, qui z’attendent"

"Remarque, c’est pas la même taille"

(??)

Socialiste!La crise, prétexte pour imposer le travail le dimanche

mercredi 29 octobre 2008

À la suite des nombreuses déclarations de Nicolas Sarkozy (dont lesquelles il aime répéter sans cesse la même blague – en matière de communication politique, la répétition est sans doute la meilleure des rhétoriques), la polémique du travail du dimanche est relancée.

Pourtant, nous savons parfaitement qu’une telle mesure n’aurait aucun effet positif sur l’économie. Elle ne créera aucune consommation supplémentaire puisque qu’elle n’augmentera pas le pouvoir d’achat, qui en est le vrai frein. Il n’y a en effet aucune raison pour que ce que l’on achète le dimanche, on le rachète dans la semaine. Et si dans une telle situation, la consommation augmente, c’est alors les cas de surendettement qui seront légion.

Ensuite, cela ne créera aucun emploi. Si la grande distribution embauche davantage d’employés (souvent dans des conditions particulièrement précaires), nous savons que ce sont les petits commerces qui pâtiront de cette concurrence déloyale et qui devront supprimer des postes.

Alors que la crise financière devrait nous rappeler à la nécessité de plus de régulation, à refuser que le marché impose ses règles, elle sert visiblement de prétexte à l’idée d’aller chercher la croissance en imposant le travail du dimanche. Il ne s’agit plus de créer des emplois, mais d’éviter leur destruction. Notons qu’en réalité, la proposition gouvernementale ne contient même pas le doublement du salaire avancé comme argument. Et le droit au refus du salarié, avancé comme l’arme fatale est absurde. Comme cela est développé sur rue89, cela "revient à prétendre qu’il suffirait d’inscrire le droit de refuser le harcèlement pour qu’il disparaisse, ou de penser que la question n’est pas un critère d’embauche".

Nicolas Sarkozy a essayé de justifier l’ouverture dominicale par l’argument touristique. Mais si nous recevons autant de touristes, c’est sans doute, comme le rappellent les syndicats, pour notre art de vivre que nous devons conserver. Nous devons continuer de profiter de nos musées, de notre patrimoine historique, de nos marchés traditionnels qui seront fermés si les grandes surfaces ouvrent le dimanche.

La majorité prend prétexte de la crise pour déréguler un peu plus ce qui est vu comme un frein au développement des grands groupes, au mépris de la qualité de vie et des avancées sociales durement acquises. À ce rythme là, on nous expliquera bientôt que la crise justifie l’alignement du droit du travail français (trop contraignant c’est bien connu) sur le droit chinois.

Le dimanche doit rester le jour de repos commun, pour permettre à tout le monde de se retrouver. Notre vie n’est pas faite seulement pour produire et consommer, heureusement.

Quelqu'un m'a dit« Ce n’est pas une crise, c’est un tsunami »

mercredi 29 octobre 2008

Un ami qui exerce aujourd’hui des responsabilités importantes dans la gestion de la crise ma dit : "Ce n’est pas une crise, c’est un tsunami. Cela va être terrible. Il faut s’attendre à une nette augmentation du chômage"

Croire à l'EuropeL’avenir de la gauche en Europe : débattons !

mardi 28 octobre 2008

En cette période de crise financière, les idées socialistes n’ont jamais été aussi pertinentes. Notre action ne sera véritablement efficace qu’au niveau européen pour une régulation mondiale.

C’est pourquoi débattre sur l’avenir de la gauche en Europe est une nécessité. J’aurai l’occasion de m’exprimer à ce propos, demain mercredi 29 octobre, à la conférence Olivaint (la plus ancienne association étudiante de France) à partir de 20h aux 9-11 avenue Franklin D. Roosevelt à Paris.

Partageons nos opinions. N’hésitez pas à donner, ici, votre avis sur le sujet !

Quelqu'un m'a ditUne politique étrangère subtile

mardi 28 octobre 2008

« La Syrie est l’amie de l’Iran ». « La Syrie est l’alliée stratégique de l’Iran ». Selon les interlocuteurs, les expressions diffèrent, et ce n’est pas innocent. 

La Syrie était le seul pays arabe à soutenir l’Iran contre l’Irak dans la terrible guerre qui a opposé ces deux pays pendant huit ans, de 1980 à 1988. Et l’Iran a été presque le seul à soutenir la Syrie quand elle était plus ou moins au ban des nations. Cela crée des liens. Et c’est cela, « l’alliance stratégique ». 

Le nouveau Président Bachar, fils de son père, avait promis l’ouverture politique. Elle s’est vite arrêtée, devant la crainte d’un processus à la Gorbatchev. Il avait promis l’ouverture économique, c’est à dire le développement du secteur privé (ici, on ne parle pas de privatisation, c’est le secteur public qui ouvre des filiales privées). Elle se fait lentement. 

Mais le vrai changement, subtil, c’est celui par lequel la Syrie veut ouvrir son champ d’action diplomatique et ne plus s’enfermer dans un tête à tête avec l’Iran. « Quand on a un seul ami, on est obligé de dîner avec lui tous les soirs. Quand on en a dix, on peut varier les plaisirs … ». La Syrie semble calmer le jeu au Liban. Le rapprochement avec la France tombe à pic. Les discussions se poursuivent avec Israël, par le truchement de la Turquie. Et le point d’accord est évident, le jour où un leader israëlien aura suffisament de force et de courage : on échangera la restitution du Golan (territoire syrien occupé par les Israëliens depuis 1981) contre la reconnaissance diplomatique et l’échange d’ambassadeurs.

Il n'y a pas que la politique!Un dîner surréaliste

mardi 28 octobre 2008

L’Ambassadeur en Syrie nous a annoncé, avec gourmandise, que nous étions invités à dîner avec quelques responsables chiites par Monsieur Hani Mourtada. Qui est Monsieur Hani Mourtada ? Cest le directeur du complexe de Sitt Zeinab ? Et qu’est ce que c’est Sitt Zeinab, pardonnez mon ignorance ? Un lieu de pélerinage pour les chiites où se trouve le mausolée de la fille de l’imam Ali, imam si important dans la mythologie chiite. On parle d’un complexe parce qu’il y a des logements, hôtels, restaurants, lieux d’accueil pour plus d’un million de pèlerins, surtout iraniens. En fait de « quelques responsables chiites », c’est toute la haute société damascène qui est réunie, les « beaux et les puissants », les « 200 familles » … Pas une femme voilée (à part un léger voile sur la tête de la maîtresse de maison) au contraire les femmes font assaut de bijoux et de décolletés. Comme dans un inventaire à la Prévert, on trouve le Président de l’Université, plusieurs savants, de grands médecins, de grosses fortunes, des banquiers, un ancien mannequin, le général Tlass, l’historique Ministre Syrien de la Défense, son fils, Général lui aussi, le col ouvert, délicatement mal rasé, au look d’acteur américain…

Mon voisin me démontre, crayon à la main, la supériorité des chiffres arabes sur les chiffres romains, de l’écriture arabe sur notre écriture, et m’explique que les chiffres arabes ont cette drôle de forme, parce qu’ils ne sont pas arabes, mais indiens, de façon à ce que les employés des prélats ne connaissent pas leur fortune. 

Tout ce petit monde adore la France, surtout Paris, où on a étudié, où certains enfants étudient, où on a un petit pied-à-terre … 

Tout ce petit monde adore se donner à lui-même en spectacle …  

Et pendant ce temps-là la Syrie accueille 1 million de réfugiés irakiens apparemment sans drame majeur et quelques bidonvilles commencent à apparaître.

Il n'y a pas que la politique!Impressions de Damas

lundi 27 octobre 2008

En mission pour la commission des affaires étrangères, je me suis rendu à Damas pour étudier les relations entre l’Iran et la Syrie.

Une ville gigantesque, illisible, polluée, encombrée… À la différence de Téhéran, les klaxons sont d’un usage généralisé, donnant lieu à des concerts chaque fois que se forme un bouchon, c’est à dire constamment.

Ironiquement, certains Damascènes disent : "le klaxon, c’est la seule chose qu’on ne peut pas interdire". 

Le français est encore présent un peu partout, à l’état d’inscriptions anciennes mais visibles : "coiffeur pour dames", "bon-bons", "boîte aux lettres"… 

Que la ville est sinistre le soir et la nuit ! Seulement les phares des voitures et les néons des échoppes… Quelques lampadaires poussifs… Manifestement, à Damas, la révolution écologique n’aura pas besoin d’imposer les ampoules basse intensité… 

La mosquée des Omeyyades est évidemment sublime. Elle remonte au VIIIème siècle et a été admirablement conservée. Nous avons la chance de la visiter tôt le matin, pratiquement seuls, au milieu des employés qui nettoient la cour, équipés de bottes blanches de poissonniers. Formidable impression de sérénité, un peu comme comme dans une église romane, loin de l’image de la foule à l’heure de la prière, plus loin encore de celle d’un Islam hystérique que nous renvoient souvent les médias. 

Ici les souvenirs religieux se bousculent. On se rappelle que Saint-Paul a été frappé par la foi sur le chemin de Damas. Sur la colline se trouverait aussi la grotte où Caïn tua Abel…

Terre d’Islam ?

La Syrie est un des rares pays de la région où l’islam n’est pas religion d’Etat. Y cohabitent sunnites, chrétiens, alaouites (la religion du Chef de l’Etat) et une petite minorité chiite.  

Historiquement, le pays était dominé par la bourgeoisie commerçante sunnite. Entre les deux guerres, quand la Syrie est administrée sous mandat par la France, les alaouites, minorité mal vue, s’engouffrent dans la carrière militaire. C’est l’origine de leur pouvoir politique depuis 1970 à travers Hafez El-Assad et ensuite (depuis 2000) Bachar El Assad. Il y a des mariages mixtes, apparemment sans problème, au moins au niveau de la classe éduquée et de la bourgeoisie. Mais le port du voile progresse impitoyablement (de 30 % à 70 % en quelques années), y compris à Damas.

Brèves de JoggingSi ça marche pour les pieds…

lundi 27 octobre 2008

"Ben tu vois, si ça marche pour les pieds…"

"Oh lààà, moi si j’devais marcher avec tout c’qu’y disent !"

Les débats du blogSupprimez l’Otan, qu’en pensez-vous ?

lundi 27 octobre 2008

Avis de Jacques Attali sur le sujet.